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Province. Tome premier.
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des doigts de son chef sur la langue d’un de ces enfants; et quel involontaire, niaisimperceptible sourire d’orgueil erre sur ses lèvres, si, tombé de la main de l’und’entre eux, un vieux louis cordonné reluit dans le plat d’argent de l’offrande! A laprocession de la Fête-Dieu , quel ordre il fait observer dans les longues files de con-gréganistes, de pénitents, de pèlerins, d’abbés, de chantres, qui la composent ! Dequel pas vif ensemble et majestueux il parcourt les rangs, depuis l’humble croix debois qui ouvre la procession, jusqu’au somptueux dais de velours tout étincelant debroderies, tout empanaché déplumés d’autruche, sous lequel le curé marche côle acôle avec le premier vicaire, soutenant tous deux la lourde orfèvrerie du saint-sa-crement! Quels regards ravis il tourne vers les croisées des maisons que leurs habi-tants ont pavoisées de riches tapisseries ou de blanches tentures ! Comme il lape avecempire sur son bréviaire, afin qu’on fasse balte devant lui chaque fois que le daiss’arrête près d’un reposoir! Comme, aux cris des ofliciers commandant la doublebaie de soldats qui suivent et ferment la procession; a ce bruit d’armes, de plain-chant, de musique militaire ; a l’aspect de ces nuages embaumés jaillissant en spiraledu feu des encensoirs, de cette pluie de fleurs que les léviles répandent de leurscorbeilles de soie sur l’autel des parfums, il s'enorgueillit en lui-même d’être un desoints du Seigneur, et remercie l’Esprit-Sainl de lui en avoir inspiré le désir et lesmérites! Tout a coup, après avoir serpenté de rue en rue, dans les plus beauxquartiers de la ville, la procession reprend le chemin de l’église. Il la précède, il seprécipite vers le chœur; il diligente les bedeaux, les sacristains, approuve ou blâmel’illumination des chapelles, règle l’appareil; puis il revient tout d’une baleine versle portail : et ce n’est que lorsque les premières bannières se sont éclipsées sous lesarceaux, lorsque les cris de la foule, les motets des confréries, les concerts en faux-bourdon des chantres, et les tambours et les trompettes, emplissent la nef de rumeurs,de psalmodies, de roulements, de fanfares, qu’il vole a la sacristie, endosse unechape éblouissante, et inonle à l’autel près du curé qui distribue en succombant delassitude sa dernière bénédiction a l’assisfance.

Mais ce ne sont pas encore là ses meilleurs jours, ses plus chers triomphes.

La semaine sainte a bien aussi sans doute de mystérieux épisodes, d’émouvanlespéripéties : soit que, le jeudi, assis à la principale porte de l’église, il quête, enfrappant du bout d’une clef sur un vaste plat d’argent, pour la dispense des œufs,pour les pauvres prisonniers, pour l’œuvre de la paroisse, tandis que les curieux àpas discrels circulent vers la chapelle où est dressé Je monument, ou bien que, lesoir, le cœur'lout gonflé de sanglots, il écoule le Stnbat de Pergolèse qu’on exéculedans les tribunes; soit que, le vendredi, à l’office, quand le sacrislain pose l’é-teignoir sur la dernière bougie du chandelier triangulaire, croule, éclate et grondeà son oreille, et se propage en mugissant sous les voûles, l’épouvantable tumulte deténèbres; soit colin que, le dimanche, du liant de la chaire, d’où, l’avant-veille, illeur a décrit ses longues tortures, il annonce, dans tout le délire de l’ivresse, larésurrection du Sauveur aux lidèles !... La nuit de Noël, — nuit rayonnante encoreen province de tonies les poésies populaires de la foi, — remue également en lui.chaque année, quelque nouvelle fibre. Son âme s’élance à pleines ailes vers les ré-