LE B H AC0N NI E B.
10 !)
lice, c’est une véritable atteinte à la propriété. Mais qu’importe la loi au braconnier !•I est dans son caractère de mépriser toute espèce de règle ; aussi fait-il ordinaire-ment un soldat indiscipliné. Cependant, lorsqu’il peut s’habituer à l’obéissance,comme il est adroit, hardi, infatigable, il devient un bon militaire ; quelquefois lesepaulettes d’officier finissent par le récompenser de cette conversion, qui, au reste,n est jamais complète. Sans doute, dans sa position nouvelle, il ne spécule plus sur lePrix de sa chasse, mais il reste braconnier amateur : c’est une variété du genre.
Le métier de bandolcro est presque une profession estimée en Espagne . Le bri-gand en Sicile, en Calabre , n’est pas considéré par tout le monde comme un être'nfâme et comme le rebut de la société : l’exaltation méridionale, qui poétise tout.e n a presque fait un héros. De nobles damoiselles se sont éprises d’une passion ro-manesque pour quelque chef de brigands. Des seigneurs ont cherché des émotionsdans la vie aventureuse de ces détrousseurs de grand chemin : c’étaient des voleursPai' goût et par vocation. Pourquoi ne voudrait-on pas qu’il y eût des braconniersPar plaisir et par délassement? Il est d’ailleurs si agréable de se dire : les lois sontbonnes pour le vulgaire, mais moi, je suis au-dessus des autres. C’est ce sentiment( i'ii, joint au goût de la chasse, domine chez le braconnier amateur. Il lire vanité deSe s méfaits, s’efforce souvent de se faire passer pour plus coupable qu’il ne l’est enr °alité, et tâche de le devenir davantage pour le plaisir de le répéter.
J’ai vu des officiers se faire suivre en chasse par un cavalier qui leur tenait unc heval tout prêt pour fuir en cas de besoin. Un garde, un gendarme venait-il a pa-'Mtre, notre officier moulait en selle, piquait des deux, et allait recommencer dansun autre canton. Le braconnier de cette catégorie est querelleur et mauvaise tête,b'» moins bien monté que vous, il s’est laissé rejoindre à la course ; s’il a été sut -Plis par votre garde, il trouve extraordinaire qu’on ose verbaliser conlre un hommec °mme lui. C’est, dit-il, une insulte dont il vous demande raison, et vous devezv °us trouver fort heureux s’il consent à vous laisser le choix des armes. Votre in-tention est-elle de le poursuivre devant les tribunaux ? il est justiciable des conseilsguerre, qui n’admettent pas l’intervention des parties civiles ; vous courez donc^rand risque de perdre votre temps et vos peines. Préférez-vous porter votre plaintedevant les chefs du corps auquel il appartient? il est très-bien avec eux ; il approvi-sionne de gibier la table du colonel. Lorsque le major veut aller a la chasse, l’officierrf >connier l’accompagne, et tue les lièvres que celui-ci rapporte.
Parmi l’espèce de braconniers qui se réfugient derrière une juridiction exception-ne *te, i| faut classer le sous-préfet et même le simple maire, qui, certains à peu prèsl’impunité, puisqu’on ne peut les poursuivre sans l’autorisation du conseil d’état,fassent toujours avant l’ouverture, et prélèvent ainsi la dîme sur le gibier de leursAdministrés. Dans bien des endroits, j’y joindrais le procureur du roi, son substitut,juge d’instruction, voire parfois le tribunal entier.
Les braconniers amateurs ne sont pas si dangereux que les autres. Néanmoins'' r v oisinage est encore très-désagréable : on doit s’en débarrasser a tout prix,
‘ et ait au moins l’avis d’un grand chasseur, du prince de Condé.
Pu habitant de Senlis avait inutilement réclamé pour son fils une place de per-