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LE B11 ACONN I ER.
cepteur. Il avait imploré la protection du prince de Condé, mais celui-ci avait refused’appuyer la demande; il avait meme, dit-on, ajouté que jamais il n’userait de soncrédit en faveur de gens qui pensaient mal et qui, dans les élections, intriguaientpour le candidat libéral. Le refus était péremptoire. Il fallait s’y soumettre ou sevenger, si cela était possible : c’est a ce dernier parti qu’on s’arrêta. La famille s’as-sembla, et on décida d’un avis unanime que, faute de mieux, on s’en prendrait augibier de Chantilly du mauvais vouloir que le prince avait témoigné. Lejeune sol-liciteur fut chargé d’exécuter la sentence. Tous ses parents lui donnèrent des permis-sions bien en règle de chasser sur leurs propriétés a tir, à courre, aux filets et detoutes les manières possibles. Le voilà donc installé nuit et jour à l’affût sur lesconfins du domaine princier. Aussitôt qu’une pièce avait franchi la limite, le plombpartait, et la pièce était morte. Il en sortait beaucoup, mais il en rentrait fort peu.Aujourd’hui c’était un faisan qui succombait, le lendemain un chevreuil, un autrejour un marcassin; enfin, tous les jours quelque chose. Les gardes étaient dans unecolère, dans un désespoir d’autant plus violent que le chasseur, loin de dissimulerle nombre de ses victimes, se plaisait à l’exagérer. Chaque jour de nouveaux rap-ports arrivaient au prince. « Comment, Connétable, disait-il à son garde favori, onne trouvera pas moyen de me débarrasser de cette lèpre ?
— Hélas! reprit le garde, il reste toujours sur son terrain, on ne peut pas leprendre. Enfin, hier, il a descendu trois comètes à ma barbe.
— Comment dis-tu? des comètes?
— Oui, monseigneur, des comètes. » Les braconniers ont un langage particulier.Ils appellent les coqs faisans des comètes, parce qu’ils ont de longues queues.
Le lendemain, on devait courre le cerf, lin des veneurs arrive à l'assemblée avecl’œil morne et le visage décomposé ; puis, quand son tour fut venu de faire son rap-port, il s’exprima de cette manière : « Ce matin je mets devant le long de la plaine:mon limier se rabat. Il faisait beau le voir. J’examine la voie : c’était un cerf dixcors. Tout d’abord je reconnais que nous allions de hautes erres, et que le cerf étaitsorti par là pour aller au Gagnage. Comme il me paraissait bon à détourner, je faisma brisée basse, je raye la voie, et, pour reconnaître en quel endroit il a fait sanuit, je déploie le trait, et je pousse en plaine; mais nous n’avions pas fait deuxcents pas, que nous trouvons une mare de sang. La noble bête a été assassinée al’affût par un braconnier; elle est tombée sans entendre les clalissemenls de lameute, sans que le bruit de la trompe ait honoré sa défaite ; elle est morte sanshallali. Ah! monseigneur, cela crie vengeance!
— Oui, je verrai le roi... aujourd’hui, tout de suite : il est chasseur, il me com-prendra. — Le prince monte aussitôt en voiture, et arrive aux Tuileries.
« Qu’avez-vous, mon cousin? dit Charles X en le voyant apparaître avec la ligur<’toute bouleversée.
— Ali ! sire, cela crie vengeance. Il faut une loi, des ordonnances, un coup d’état-
— Des lois contre la presse, n’est-il pas vrai? Contre les journalistes? ils ne res-pectent rien.
— Non ! non ! sire. Un coup d’état contre les braconniers.