LE BRACONNIER.
— Ksl-ce qu’ils onldévasté Compiègne, Versailles, Vincennes , Saint-Germain, onFontainebleau ?
— Hélas ! non : c’est a Chantilly qu’ils en veulent » Et il raconta la cause de son'lésespoir.
« Ah ! dit le roi, vous m’avez fait une peur.... Mais cela est grave, cela regarde leministre de la justice. » Vingt minutes plus lard, le garde des sceaux, mandé par' e coi, entrait aux Tuileries. Après avoir bien écouté les faits, il déclara (pie le clias-Se 'ir était dans son droit.
« Mais songez donc, reprenait Charles X , que c’était un dix cors. — Oui, ajoutait
prince, le pied large, les pinces arrondies et fermées, les côtés et les épongesUs és, la sole pleine : c’était un grand vieux cerf.
— Le chasseur était sur son terrain, ajoutait le chef de la magistrature.
— Au moins ne pourrais-je, pour l’avenir, en débarrasser Chantilly?
— S’il était fonctionnaire public, on lui accorderait son changement de résidence.
— Quel trait de lumière ! s’écria le prince de Coudé . Il a demandé une perception :Hu’on la lui accorde bien loin, dans les Hautes-Pyrénées : il ira chasser l’isard. Qu’ilParte bien vile ; qu’on ne lui donne pas de congé. » Le ministre des finances fut àS(, n tour appelé au château. Une ordonnance lui signée d’urgence, à l’instant meme.
" Mon Dieu ! répétait le duc de Bourbon pendant que l’ordonnance élait rédigée,Pourvu qu’il n’aille pas refuser : je serais obligé de demander une recette particu-lière. » Mais il n’eut pas cet embarras, et le chasseur accepta.
Maintenant revenons au braconnier de profession , à celui qui vit du prix de son8'bier. Après avoir fait son temps de service, il retourne au village. Il enlrechez un'Naître comme ouvrier. Il veut devenir laborieux; il a d’excellentes intentions, mais,e naturel l’emporte. Comment résister a l’envie d’aller le soir poser des collets, ouattendre un lièvre à l’affut. Puis, quand on a veillé toute la nuit, on a le lendemainPeu de force pour travailler; aussi est-il le plus mou et le dernier a l’ouvrage. IlVe ut apaiser cette altération que produit le manque de sommeil ; il court au caba-rel : il s’enivre, s’habitue à l’ivrognerie, et devient bientôt le plus mauvais des ser-V| teurs. Ou le congédie. Il entre chez un nouveau maître; les mômes défauts fontVi’on le renvoie encore.
Si cependant le braconnier n’est pas tout à fait corrompu, il est possible qu’ilrev ienneà bien. Le braconnier amateur ne respecte pas la propriété, parce que lui-'bûine ne possède pas. Mais que le Ciel lui envoie quelque beau domaine, et vous leVer rez trouvant très-sages les lois qui la protègent, en réclamer l’application avec""huit de rigueur et d’acharnement qu’un poltron en met a déclamer contre le duel.’' c braconnier de profession 11e peut guère espérer que le sort le rende pr opriétaire :'"iis si quelque emploi venait le soustraire au besoin ; s’il pouvait se figurer' qu’il a"Ne terre ; si vous le faisiez garde, vous verriez chez lui, comme chez le braconnier"Niateur, s’opérer une transformation complète. Il deviendra l'ennemi le plus im-P'tcable de ses anciens compagnons de méfaits, et se lera tuer, s’il le laut, pourcon-Se 'ver le gibier de son maître. C’est ainsi que la justice trouve souvent parmi leslo l >r is de justice ses agents les plus adroits et les plus dévoués. Mais pour (pie le