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Province. Tome premier.
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LE HUA CO N N llill.

s’ôtait assure, par un quart d’heure de guet, que personne ne se trouvait dans lesenvirons, il lirait, et son fusil était si légèrement chargé, qu’on l’entendait a peineà un quart de lieue ; mais, comme il visait toujours de très-près, le faisan tombait.11 était aussitôt ramassé, mis dans une besace de toile et déposé avec le fusil au piedd’un arbre. Alors Sans-Pouce, se mettant sur la grande route, allumait sa lanterne,puis marchait en se parlant'a lui-même, comme font les gens peu rassurés. Si unepatrouille arrivait, attirée par l’explosion de son arme, en voyant venir du côté où lecoup était parti un homme portant lanterne allumée, parlant tout haut et suivantbien exactement le milieu du pavé, elle ne pouvait soupçonner qu’il fût le braconnier,elle s’adressait à lui pour obtenir des renseignements. Sans-Pouce ne manquait pasde répondre qu’il avait vu ceux qui avaient tiré le coup s’enfuir dans une directionopposée a celle qu’il suivait. Les gardes se mettaient aussitôt a courir pour rejoindreles coupables. Au bout de quelques minutes, Sans-Pouce ramassait son sac et sonfusil, cl, tournant le dos à la patrouille, allait faire une seconde victime; mais il entuait rarement plus de deux, et c’est cette modération qui rendait si difficile de lesurprendre en flagrant délit. Cependant la chance des armes est journalière. Un ma-tin, en suivant les traces qu’il avait laissées sur la gelée blanche, on arriva près d’uneépaisse touffe de houx; on reconnut que les feuilles mortes qui couvraient le solavaient été remuées pour cacher un objet glissé sous le buisson. Le premier examenlit apercevoir la crosse d’un fusil. Trois gardes se blottirent aussitôt dans les houx.Ils y restaient immobiles malgré la rigueur du froid, et on ne les relevait qu’aprèsune faction de douze heures. Enfin, la troisième nuit, lorsqu’on veillait déjà de-puis quarante heures, Sans-Pouce arriva pour prendre son arme, A peine s’était-ilagenouillé afin de la tirer du buisson, que les trois gardes lui tombèrent sur lecorps avant qu’il pût songer à fuir.

Une autre fois Sans-Pouce fut pris avec deux auxiliaires qu’il s’était adjoints,parce que, croyant avoir écarté les gardes, il voulait faire une rafle complète. Cha-cun des acteurs de ce délit fut condamné par le tribunal b \ 00 francs d’amende, à100 francs de dommages-intérêts, aux frais et à la confiscation des armes. AussiSans-Pouce, au sortir de l’audience, répétait à qui voulait l’entendre que cette affairelui coûtait au moins quatre-vingts comètes. C’était sa monnaie courante.

bien n’est perfide pour un hraconniercomme les traces qu’il laisse sur le terrain.Les gardes accoutumés à juger un animal par son pied, dépistent aussi un bracon-nier sur l’empreinte de sa semelle : c’est ainsi que la première fois Sans-Pouce,avait été découvert. Un de ses confrères, un des plus adroits qui aient dévasté laforêt de Rambouillet, avait imaginé un moyen pour se soustraire à ce danger. Hs’était fabriqué une paire de patins montés chacun sur un pied de biche. C’estperché sur ces espèces (Péchasses qu’il parcourait les endroits les plus giboyeux, etles gardes qui ne revoyaient à terre que d’une vieille bréhaigne, ne se doutaient pasqu’un braconnier avait passé par l'a. Il parvint ainsi longtemps à les mettre en dé-faut ; mais en faisant chez lui une visite domiciliaire pour retrouver du bois quiavait été dérobé, des forestiers découvrirent par hasard sa chaussure, et la ruse unefois éventée lui devint inutile; car, au lieu de s’arrêtera la forme de l’empreinte,