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on 11 e consulta plus que les allures, c’est-à-dire la manière dont les traces sont dis-posées entre elles, et il serait sinon impossible, au moins fort difficile, a un bipèdede régler sa marche de manière à contrefaire le plus gros animal à quatre pieds.
Quelquefois le même individu osait chasser en plein jour, et presque sous lesyeux des gardes. Des placards de tabac, une couche de crasse cachaient sa barbe àpeine apparente, des raies légères simulaient des rides; eulin, il se grimait si bien,il choisissait son costume avec tant d’art, qu’il était impossible de ne pas le prendrepour une vieille mendiante. Il semblait ne s’occuper qu’à ramasser du bois mort;mais sous son jupon il portait un petit fusil brisé. Malheur au gibier qu’il rencon-trait; puis, quand une pièce était abattue, quand un garde accourait attiré par lebruit, celui-ci ne rencontrait au coin d’un carrefour qu’une vieille femme chargéed’un fagot de broussailles, ou de vieille bruyère. « Faites la charité à la pauvre Ger-trude ! » disait-elle d’un ton pleurant; et souvent le garde, doublement pris pourdupe, partageait avec elle les provisions contenues dans son carnier, ou bien ildonnait quelques pièces de monnaie à celui qui venait de dérober sou gibier.
Les ruses des braconniers sont nombreuses; mais quand l’année est mauvaise,que le gibier est rare, et que le braconnier ne trouve plus dans son adresse que' desressources insuffisantes ; quand la misère arrive trop âpre et trop cuisante, alors, peuaccoutumé à respecter la propriété d’autrui, il court sans scrupule dans les bois volerdu plant; il le vend a bas prix, puis, quand vous l’avez payé, il va la nuit l’arra-cher dans votre plantation, pour le vendre à un autre. Il est voleur... cela est dansson essence. « Comment as-tu fait, disait-on à l’un d’eux, pour manquer ce lapinqui te passait à balle, toi qui tues toujours? — Oh! j’en sais bien la cause; monfusil était chargé avec de la poudre qu’on m’a donnée. — Est-ce qu’elle n’était pasbonne? — Je ne dis pas cela, mais je n’y étais pas accoutumé. Je ne brûle ordinaire-ment que la poudre que je vole. »
Il ne respecte pas le bien d’autrui, et tout ce qu’il a rapporté de sa vie de soldat,c’est l’habitude de se servir des armes, l’audace nécessaire pour ne pas craindre uncombat corps à corps. Malheur à celui qui le rencontre dans ses courses nocturnes :
Le braconnier tire sur l’hommeComme il tire sur un perdreau *.
Le général Lejeune, si connu par ses beaux tableaux de batailles, voulant un soiraller attendre des bécasses a la croule, rencontre au détour d’une route un hommemané ; il lui crie : « Qui vive ? » Le braconnier ne répond pas, mais il se retourne etfait feu sur le général, qu’il blesse grièvement.
Quand la vente ne va pas, et que le braconnier a faim, que Dieu vous préserveûe vous trouver au coin d’un bois face à face avec lui; car qui sait ce qui arri-érait. Il a commencé par le maraudage, il peut finir par l’assassinat.
helegorgni Cordier, le Portrait du braconnier.
Joseph Lavallée