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Province. Tome premier.
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qui le félicitent, lui secouent la main après un succès; et après la défaite le con-solent en attribuant la chute a un faux pas, a une trahison de l’adversaire, a tout,plutôt qu’a l’infériorité du vaincu. Les grands maîtres fontécole; ils enseignent leséléments du grand art, si répandus d’ailleurs qu’on voit les enfants dans les rueslutter avec principes ; en outre ils initient leurs élèves à leur système, ils lui prêtentleur coup favori, car chacun d’eux en a un qu’il a créé, de même que les maîtresd’escrime, de bâton, et de boxing. Leurs théories, comme on le suppose sans peine,sont développées dans un singulier langage, car ils sont complètement illettrés. Issusde paysans, livrés a des exercices gymnastiques fort peu intellectuels, ils n’ont rienen dehors de leur éducation brutale. L’un d’eux se faisait indiquer son nom sur l’af-fiche, et avait choisi un de ses amis pour se faire lire chaque soir des versa sa louange,vers français écrits sous l’inspiration d’une muse patoise. Mazard, le plus illustrecoryphée du genre, avoua naïvement à un amateur frénétique qui sollicitait delui un autographe, qu’il ne savait pas écrire.

Nous avons nommé Mazard, l’Enfant des vieilles Gaules, ainsi que l’appelle sonpoète :

Meissonmf.h lui succède, enfant de la Provence. 4

jadis son disciple, maintenant son rival. Ce sont les deux plus grandes renomméesautour desquelles gravitent les autres comme des astres satellites.

Le premier a été surnommé Y Invincible, le second l’infatigable. Tous du restepossèdent un sobriquet dont le public les a décorés, ou qu’ils se sont attribué eux-mêmes, et qu’ils attachent a la queue de leurs noms sur l’affiche. Ainsi on lit : Bouil-lard, dit le Crâne ; Patte, dit le Terrible ; Martin, dit Belarbre ; Lamouroux, ditle Mistral; Serrurier, dit Finelame; Jean Devaise, dit Papillon; Blanchard, dit Va-dc-bon-Cœur, etc., etc. Les plus modestes indiquent seulement le lieu deleurnais-sance : Coste, de Thulain; Quiquine, de Roquemaure ; le grand Paulet, de Vau-vert; etc.

Il y a des luttes périodiques qui, dans les grandes villes, ont lieu chaque semaine,le dimanche; d’autres accidentelles, ce sont celles que l’on célèbre dans les fêles devillage. Les premières, qui constituent un spectacle suivi, ont un théâtre réservé ;par exemple, les Arènes, à Nîmes ; alors elles prennent un caractère presque solen-nel. Toute cette multitude, échelonnée dans cet entonnoir elliptique de pierreconstruit comme un enfer du Dante, et qui s’agite et se meut sur les gradins, enlaissant échapper un murmure formidable comme celui d’une fournaise, donne augéant romain sa véritable physionomie. A voir cette mer de têtes s’agiter, un frémis-sement de plaisir passer a chaque péripétie sur cette foule immense, et lâ-bas, dansun cercle étroit de sable, deux hommes a peu près nus, entrelacés comme desser-

Triomphe de Mazard, - poëine par LncWra.