Band 
Province. Tome premier.
Seite
160
JPEG-Download
 

160

LF RFLIGIFDX.

soit troublée ; c’esl i|uc Doiu Isidore, son élève, un jeune religieux dont il est le père-niaître, le directeur, louche à ce moment critique de In vie claustrale où l’esprit duassailli par mille tendances invisibles qu’il serait dangereux d’éclairciret de combattre, lutte contre le découragement et la mort. Fièvre terrible que su-bissent les âmes ardentes, et qui n’a d’autres remèdes que la patience et le temps.

Presque tous les chartreux ont en apparence, si ce n’est en réalité, celle mêmeaménité, celte même candeur; c’est une des conséquences de leur règle, laquelledéfend d’ajouter a la rigueur des jeûnes, et d’abréger les récréations, blâme lesapparences austères et les résolutions exagérées ! Néanmoins, le religieux a changéses manières mondaines, sans rien perdre de son caractère personnel ; seulement,l’habitude a dompté son énergie. Les affections de son cœur et les désirs de son âmel’entraînent encore, mais par une pente plus douce; et ses passions, assouplies parl’invariable uniformité des jours, amoindries par la division du temps, trouvent âsesatisfaire sans bruit, ou pour mieux dire, a moins de frais, dans leur sphère nou-velle. — Il est tel esprit vaniteux et bouillant qui eût suivi Luther il y a trois cents ans.tel profès qui se tourmente lui-même pour avoir quelqu’un â tourmenter; affichantson austérité comme il afficherait le schisme, si le schisme était possible avec succès,et qui, faute de mieux, brigue a cette heure l’honneur d’aller mettre un terme auxrelâchements de la Chartreuse de Rome . Dont Marc ne perdra jamais ses goûts degentilhomme ; jusque dans le maigre et l’abstinence il sait se distinguer et choisir :assurément il préfère son estomac délicat et les brochets du réservoir, au vasteappétit et à la corpulence roturière du père infirmier, lequel mange de tout indif-féremment, mais de tout en quantité.

Depuis que les idées de lassitude et de suicide ont réveillé la poésie de la foi et lesillusions de l’espérance, le religieux recouvre en influence morale ce qu’il a perdu eninfluence politique, « et les monastères, selon la juste etsage appréciation de dom ,!ean-Baptiste, deviennent des hospices où sont accueillis et traités gratuitement les ma-lades qui ont reçu les blessures du doute et les atteintes du néanl. » Cependant, qui-conque est dégoûté fie la vie ne verra point, à son premier cri de désespoir, s’ouvrirles portes du cloître. Les jeunes gens simples et candides y sont reçus avec joie, tan-dis que les esprils blasés, les hommes que le désœuvrement, l’amour ou la débauche Vconduisent, subiront toujours jusqu’à la fin, les longues et difficiles épreuves de lapostulation et du noviciat, et ne seront admis à prendre l’habit que s’ils ont obtenula majorité des suffrages de toute la communauté réunie. Les apôtres du remords, elon les compte tellement ils sont rares, ont je ne sais quoi de brusque et de rêveurqui contraste singulièrement avec la quiétude et la douceur qui distinguent lesautres pères : généralement, ce sont des esprits faibles, de ces esprits que le moindrevent bouleverse, que le premier courant entraîne. Ce besoin de la solitude et durepos a plus de part à leur vocation que le repentir et la foi; aussi,s’occupent-ilsbien moins de la prière et des méditations que de leurs chagrins et de leurs souvenirs!

Quelle est celte ombre blanche qui glisse rapidement dans les plus obscures si-nuosités de la forêt, qui court et s’agite ainsi qu’une âme en peine? C’est un jeunereligieux, le plus jeune de la communauté, le seul peut-être qui porte sur sa pl'V"