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Province. Tome premier.
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LE II li IJ G I lï U X.

propre. Les frères convers sont d’une saleté repoussante; il est vrai qu’ils n’onlpoint, comme les chartreux, des hommes a gage, des domestiques pour les travaux del’entretien intérieur, et qu’ils s’occupent eux-mômes a balayer les cloîtres, a nettoyerles étables, et à récurer la vaisselle. La règle des trappistes est autrement rigou-reuse que celle des chartreux. Ici, le religieux n’a jamais le choix de ses occupa-tions, et tout ce qui pourrait lui être agréable a faire lui est interdit par cetteseule raison. C’est l’abbé qui détermine les travaux et désigne les travailleurs. Lematin, après prime, les pères et les convers descendent au cloître, se placent sur uurang, et l’abbé, allant de l’un a l’autre et s’inclinant vers chacun en particulier,prescrit a tous la tâche a accomplir dans la journée. — Ainsi que je l’ai déjà dit, lestrappistes ont les mêmes offices que les chartreux, et a peu près aux mêmes heures;les pères seuls se rendent toujours à l’église; les convers entendent la messe avantde sortir du couvent, et, une fois disséminés dans les champs, ils ne rentrent plusqu’a la fin du jour. — La cloche de l’église se fait-elle entendre dans l’éloignement, sanscesser leur travail, ils s’unissent mentalement aux pères qui prient pour eux; maissi la distance est trop grande, l’ancien qui les surveille marque lui-même le mo-ment de la prière, et il est rare qu’il soit une demi-heure sans frapper des mainspour avertir les religieux d’élever leur âme à Dieu . Pendant l’hiver et les temps depluie, chacun s'emploie dans l’intérieur du couvent, selon ce qu’il sait faire : l eSuns filent, les autres tissent ou cardent : il en est qui font des souliers, car tout ce quiest en usage dans le monastère doit être confectionné par les religieux. A ceux quilisent ou méditent, comme à ceux qui travaillent, il est interdit de s’asseoir pourfaire ce qui peut être fait debout, et la règle défend de s’appuyer lorsqu’il y a néces-sité d’être assis. En aucun cas, et pour les moindres oublis d’observance, le religieuxne peut échapper a la surveillance de ses frères : cette surveillance est d’autantplus active qu’elle est exercée par tous, à l’égard de tous. — Epuisé de fatigue et ac-cablé par la chaleur, un frère, s’appuyant sur sa bêche, ferme-t-il sa paupière app e 'santie, le frère qui s’en aperçoit le réveille doucement, en lui disant: « TuterepO'seras â la maison paternelle, in donuim ælernUaùs! »

N’allez point croire cependant que toutes les austérités des anciens anachorètessoient encore en usage ; elles sont au contraire expressément défendues, et bienrarement l’abbé permet à ses subordonnés l’usage du cilice ou de la disciplinéPlutôt que de laisser la vie du religieux se consumer en des austérités sans but réel,et ses forces s’affaiblir par des rigueurs stériles, le réformateur de Cîteaux a, p alune sagesse et une piété mieux entendues que celles de ses devanciers, exigé que l eSforces fussent dépensées en des travaux méritoires, et que cette vie fût sanctifiée p aldes labeurs réglés, continuels, plus terribles et plus cruels cent fois qu’une mort*'lication passagère. N’est-ce donc pas un atroce supplice que toujours, toutes les nuits?jusqu’à la mort, la même privation du sommeil, et chaque année, neuf mois dujeûne le plus rigoureux. Ëtsavez-vous bien ce que c’est que le jeûne rigoureux d’untrappiste? Ce jeûne consiste, même pendant les plus longs jours de l’année et l eSplus pénibles travaux, à ne prendre pour toute nourriture, vers les quatre heures dusoir, qu’un morceau de pain et un verre d’eau ! — Saufles travailleurs (rop éloignes?