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Province. Tome premier.
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L'ÉLÈVE DE MA RI NE.

berge des Adrets, a l’usage de Kobert-Macaire. S’il se fâche sérieusement, les mo-queries redoublent; s’il veut raisonner, il est coulé bas: ou lui démontre la difficultéde mettre a exécution son coup de tête, il est forcé d’amener pavillon et d’en prendreson parti. Mais une première transformation s’est opérée en lui : son exaltation passéea disparu, ses illusions se sont déplacées et ne ressemblent plus a ce qu’elles étaienten parlant. En beau jour lui parvient sa nomination d’élève de première classe, cetavancement le touche peu : ses fonctions seront toujours les mêmes, sa position tou-jours aussi subalterne. Il ne rêve déjà plus l’épaulette d’amiral, il désire celle d’en-seigne : « Quand je serai officier, se dit-il, j’aurai ma chambre à bord, je serai heu-reux ; je me retirerai dans mon petit coin, libre d’y faire ce que je voudrai et jepourrai m’isoler de ceux qui me déplairont. Mon service sera bien moins dur, jecommanderai le quart, je serai quelque chose a bord, car nous autres élèves, quesommes-nous? De pauvres diables qu’on vexe par partie de plaisir, et qu’on met àtoutes sauces; avons-nous jamais un moment de repos? Allons, encore dix-huit mois,encore un an, encore six mois. » Il suppute, il calcule : adieu la poésie des premierstemps; son raisonnement est devenu bien positif, il lui reste cependant des espé-rances pour un avenir prochain; il voit le bonheur dans le grade qu’il va atteindre.Ce bonheur fuira sans cesse devant lui, et un jour, commandant un navire lui-même,il soupirera tristement et jettera un regard en arrière en disant : « Qu’est devenule temps où je portais l’aiguillette! » misérable regret d’une jeunesse dont on aoublié les peines, mais cruel témoignage de l’absence du bonheur dans la carrièreparcourue.

Lorsqu’on a dix-neuf ou vingt ans, qu’on mène une vie active et fréquemmentaccidentée, les tristes pensées ne peuvent longtemps conserver le dessus ; la décou-verte de la vérité afflige l’élève pendant quelques jours, elle ne le démoralise pas;l’on a peu d’exemples d’aspirants sérieusement atteints de nostalgie. L’élève combatses ennuis par la recherche du plaisir : grands dîners, punchs délirants, amoursfaciles, il ne se refuse rien et se rapproche du matelot en dépensant en deux joursses appointements du mois; ensuite il fait des dettes : advienne que pourra! Cegrand train-la n’est pas de longue durée, les créanciers y mettent bon ordre ; desPlaintes sont portées contre lui à l’autorité du port, et alors, si par hasard il est dé-barqué sans trouver aussitôt un autre bâtiment, il se voit réduit à la plus profondedébine. 11 faut se loger sous les toits, vivre en Romain et renoncer a tous les plaisirsqui frappent a la porte; il faut souffrir le supplice de Tantale . Mais heureusement ona des camarades, et quand il en descend à terre, on jouit encore de quelques bonsMoments. D’ailleurs, l’ordre d’embarquement ne se fait pas indéfiniment attendre,el les instants de détresse par lesquels il a fallu passer sont plus tard d'un agréablesouvenir. « Sous la république et l’empire, disent les vieux officiels, c’était pour lesas pirants le règne de la rafale mais aussi comme on s’amusait! Quand nous étions

‘ Rafale, bouffée, augmentation subite de vent ; au ligure parmi les marins, debine complète.