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Province. Tome premier.
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LES G K N S h K ME 11.

réunis quatre ou cinq dans uu galetas, etqu’uu de nous parvenait a se procurer desespèces, quel les noces nous faisions ! ce temps-là n’est plus; les élèves d’aujourd’huisont des muscadins : ils paient leur tailleur, portent des gants et se font friser!nous savions mieux jouir de notre jeunesse. » De tels reproches ne sont pasd’utiejustesse mathématique, mais l’extension de notre marine militaire, laissant rarementles élèves dans les poi ls sans embarquement, ils n’ont plus les coudées aussi fran-ches. En pays étrangers, il leur est impossible de se livrer aux mêmes excès : il n’estjamais permis de découcher, et l’on ne va pas à terre comme on voudrait. Il est fabu-leux d'y posséder un cœur sensible; le seul plaisir un peu pittoresque qu’on sedonne, c’est une bosse avec les Anglais . Une bosse ou une bitture, c’est-a-dire uneorgie, est de rigueur en certaines circonstances.

Un vaisseau anglais est stationné en rade de Smyrne , arrive une frégale française :les commandants et les officiers des deux nations se rendent visite et se traitentles uns les autres ; les élèves et les midsbipmen se recherchent et s’invitent a diner :c’est dans l’ordre. Si les Anglais ont donné l’exemple, l’aspirant chef de gamelle,prend éloquemment la parole, un beau matin après le déjeuner, et n’a pas depeine à démontrer que, pour l’honneur du poste et de la France , il faut donner unfestin dont il soit parlé dans toutes les marines du monde : « Messieurs, les eauxsont basses dans notre sac, nous n’avons plus qu'un mois de traitement, et il fau-dra attendre bel âge avant d’être remis a (lot par les noyaux du commissaire....C’est historique et peu flatteur! j’en conviens; mais j’en appelle à votre patrio-tisme, pouvons-nous brasser à caler? Que chacun crache au bassinet quelquesgourdes, et nous enfoncerons les Anglais ! »

Il dit, et les crédits supplémentaires sont votés par acclamations.

Quand arrive le grand jour, un couvert somptueux est dressé dans le poste, lesvins de toute espèce se succèdent; on s’échauffe, on chante, on hurle : a la fin durepas les midsbipmen parlent français; les élèves pérorent en anglais ; on se pousse,on s’embrasse, et l’on Unit toujours par briser le matériel du festin. Cependant il estneuf heures du soir, un vacarme affreux retentit dans la frégate, le repos de l’équi-page en souflie, et le commandant donne l’ordre d’armer la chaloupe pour con-duire immédiatement tous les convives h terre. Ils débordent en écorchant : l’An-dalouse au sein bruni, et le God save lhe queen; longtemps le silence de la rade esttroublé de leurs cris ; enfin ils sautent sur le quai, et vont terminer où ils peuventleur saluruale maritime.

Le lendemain, un verre ébréché et une assiette écornée figurent devant chaqueélève, et, chose plus affligeante! un plaide haricots et un vaste fromage de Hollande,forment tous les apprêts du déjeuner ; il en sera de même de tous les suivants, et lesdîners n’en différeront que par une ration de lard ou de bœuf. « La gamelle est ala côte pour trois mois, dit solennellement le chef d’ordinaire. — Connu ! connu !•••C’est égal, les Anglais ont été coulés, n’est-ce pas ? — C’était autrement tapé quechezeux. » Du reste, après ce jour mémorable, on ne fréquente plus les midsbipmen ;il faut une fête nationale ou quelque événement fortuit pour rapprocher de nou-veau les deux postes. On se dit a peine bonjour, quand on se rencontre h terre ou