LES CENS l)K MER.
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pour la satire. I.a réunion fortuite de plusieurs de ces oliieiers dans un même carredonne lieu quelquefois à des luttes de composition en tous genres; on rédige unjournal charïvarïque, chacun y met sa production, les caractères difficiles ne siip-portent pas volontiers la raillerie et souvent la paix en est troublée, mais plus ordi-nairement, au bout de quelques mois, la publication meurt de sa belle mort, maigreles chefs-d’œuvre qu’elle contient, C’est ce qui arriva, il y a trois ans, à bord d’unefrégate où six ou huit amateurs des beaux-arts fondèrent, au début de la campagne,une Babel pittoresque intitulée : Mémoires d’uu Cancrelas; les vignettes représen-taient le scarabée navigateur, dont les réflexions journalières apparaissaienten proseet en vers sous de burlesques pseudonymes. En moins de six semaines un vastealbum se trouva rempli, mais la noble ardeur s’éteignit d’elle-même, et le secondvolume n’a jamais paru sur l’horizon. L’officier musicien est encore plus facile 8rencontrer : malheur aux oreilles délicates qui navigueront avec lui ; la guitare, h’violon, le piano même suivent sur toutes les mers certains virtuoses peu récréatifspour leurs voisins; le cornet a piston a fait invasion a son tour, la vie n’est pas tenableau milieu de pareils concertants. Il y a l’officier collectionneur qui empaille desoiseaux, classe des coquillages et des insectes, et ne descend à terre qu’armé d’unepince, d’une gibecière et d’un avano; sa cabine répand une odeur nauséabondede camphre et de savon arsenical ; il garnit ses étagères de boîtes et de flacons, il 8des oiseaux empaillés dans tous ses tiroirs, des poissons cl des serpents dans desbocaux, des coquillages infects appendus h tous les barreaux de son réduit, et n’es 1heureux que s’il vient à bout de faire la conquête de quelque monstre bourré d e-loupe : caïman ou boa, qui grimace au-dessus de sa couchette. Il possède au moinsune tête de sauvage desséchée, que souvent il coiffe de sa casquette d’uniforme, et unsquelette de requin auquel sont accrochés son porte-voix et sa longue-vue. A sonarrivée en France , il envoie au cabinet d’histoire naturelle de sa ville natale plusieursde ces merveilles, et on lit au-dessous la glorieuse inscription : « Donné parM- * ■lieutenant de vaisseau de la marine royale. » Quelques officiers ont la spécialité desmathématiques, ce sont les plus rares ; d’autres sont essentiellement polyglottes, et seposent en interprètes dès qu’on se trouve en paysétranger. Enfin, il y a dans le corp senviron un tiers d’oisifs qui fument, dorment ou s’ennuient. Ceux-là aiment parti-culièrement les chevaux et la chasse, et descendent à terre le plus souvent possible-Ils organisent à bord une académie de jeux : la bouillotte, le tric-trac et le donii" 0leur sont d’un grand secours, ils ne dédaignent pas même le profond jeu de l’nif’les paris au bilboquet les intéressent, et la galoche a pour eux des charmes. L’un desplus féconds en expédients pour tuer le temps, cherche depuis plusieurs années-avec une persévérance digne d’éloges, un billard qui soit insensible au roulis.
Reste l’officier zélé, le marin par excellence, le seul qui n’ait pas faussé sa voca-lion. Ce dernier, fait peu de cas de la terre et des jeux, ne vit que pour le navire, eltrouve toujours quelque chose a faire après son quart. S’il est chargé du canonnage,il passe sa journée à inspecter l’artillerie et son matériel, ne veut rien ignorer desmoindres travaux du maître canonnier et de ses aides, fait des modifications à l’e* eIeice des bouches à feu, rêve d’installations nouvelles et adresse sans cesse des de