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Province. Tome premier.
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L'OFFICIER DE MARINE.

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Placé à une grande distance de tous, le commandant impose par le caractère dontil est revêtu, sa force réside dans sa dignité; sa présence doit toujours faire im-pression sur ses subordonnés et leur inspirer un profond sentiment de respect. Sonrôle exige une grande habileté, une volonté tenace qui ne se démente jamais, unsang-froid à toute épreuve : il n’est donné qu’à un petit nombre de s’en acquitterconvenablement.

Quelle confiance un équipage peut-il avoir dans un chef qui hésite sans cesse, al’air d’ignorer son métier, et dans un appareillage se lamente d’une saute de vent,jette sa casquette à ses pieds avec désespoir, s’arrache les cheveux et trépigne dèsqu’il voit le navire en mauvaise position. Il en esta qui l’on ne peut refuser laqualité de manœuvrier, ils ont été bons ofliciers dans leur temps, elle seraient en-core s’ils redevenaient subalternes; mais la pensée de leur responsabilité les épou-vante, et l’on en cite dont les moments de détresse sont d’un comique achevé. Ilslardent leurs ordres d’invocations, d’imprécations et de supplications.

— « Mais virez, mais virez donc, mes enfants, je vous en conjure au nom devos familles; vous verrez qu’ils ne vireront pas, mon Dieu! mon Dieu ! et quenous irons a la côte! scélérat d’équipage. O ma femme! mes enfants! messieursles officiers, faites les virer. Allons, allons, ça va bien, bardi! courage! maintenanthisse te foc, brasse tribord devant, Ah! ah! nous sommes parés; bravo! »

Pendant ce discours, qui dure un quart d’heure et plus sans discontinuer, lesmatelots, penchés sur les barres du cabestan, se mordent les lèvres pour ne paséclater de rire, et l’ouvrage n’en va que plus mal. Le ridicule porte un coup mortelau respect, et la subordination en souffre. Celui dont les facultés sont paralyséespar un pouvoir trop étendu, ne peut être qu’un homme faible, et la discorde ne tardepas à régner dans un bâtiment où un bras ferme ne sait pas maintenir la discipline.

S’il faut fuir autant qu’on peut de pareils commandants, on doit redouter encoreplus ceux qui ignorent réellement l’A B C de leur profession. Les révolutionspolitiques dotent toujours la marine de quelques-unes de ces incapacités qui, n’ayantPas mis le pied sur mer depuis quinze ou vingt ans, s’avisent un jour de solliciterun commandement, et l’obtiennent comme récompense des persécutions dont ilsse vantent d’avoir été les victimes sous le régime précédent. Ils ont perdu de vue lesmanœuvres les plus simples, ne doutent pas d’eux-mêmes, et exposent constammentleur navire par impéritie. Ils font de la navigation un jeu de hasard, s’en vontcahin caha de rocher en rocher comme un ivrogne au sortir du cabaret, se heur-tant à tout ce qui leur barre le chemin, faisant une voie d’eau ici, démontant leurgouvernail plus loin, laissant des lambeaux de fausse quille partout ; quelquefoisils reviennent au port par la grâce de Dieu .

Les commandants de ces deux dernières espèces sont fort heureusement des ex-ceptions; il en est d’autres, plus nombreux, qui, n’ayant dû leur avancement qu’àmie longue série d’intrigues, inspirent à leurs inférieurs un sentiment naturel de■ épulsion, et par esprit de vengeance font peser sur eux un joug de fer. Les officiersParvenus aux sommités de la marine par l’emploi delà flatterie ne s’estiment pointcl se détestent les uns les autres. Telle a été la cause ordinaire de nos désastres