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'“ii parlant d’une lu ise qui commence a se faire sentir : bientôt le vent augmente, latempête éclate, et dans le même mois une demi-douzaine d’enseignes de vaisseauépousent une demi-douzaine de jeunes vierges. Le baromètre marque ouragan ma-trimonial. Le fléau devient épidémique, à la grande satisfaction des mères defamille; on ne parle plus que d’épousailles, les noces sont h l’ordre du jour. Puistout à coup les armements reprennent le dessus et raflent, bon gré, mal gré, lesnouveaux maris, qui font voile pour les Antipodes. Deux ans se passent loin de l’ob-jet adoré dont la lune de miel s’est brusquement arrêtée au second quartier. Quandl’époux revient, il lui faut opter entre un avenir au moins douteux et une jeunefemme qu’il aime. Ici le bien-être de l’intérieur et le repos, la des tracasseries etdes fa ligues sans nombre; le choix ne se fait pas longtemps attendre. L’officier solli-cite quelque bon poste bien paisible, cl désormais il n’appartient plus à la marineque pour la servir a terre. Quelquefois le nouveau marié prend mal son temps : l’onen connaît plusieurs, forcés de partir pour des campagnes de longue haleine, aprèspeu de jours de mariage, et un entre autres qui appareilla le lendemain même.Pareil malheur équivaut évidemment a un brevet de castor; cet ordre de départmaudit sera certainement le dernier! lit pourtant l’on voit quelquefois le castor s’a-viser de renaviguer. Après un sommeil de dix ans, il se réveille un jour en sursaut,lirûlanl de sillonner les flots d’azur et de bondir sur la vague écumante. Est-ce uneattaque d’ambition ? Peut-être ; mais ordinairement son zèle navigateur ressuscile dumilieu des tracas du ménage. Son Eden matrimonial tourne-t-il au purgatoire, ilcessent tout à coup un bel amour pour la marine. Et si alors, a force de démarches,il parvient à obtenir un méchant commandement de gabare, il prend audacieuse-ment. son essor en se rangeant de prime abord dans la catégorie des capitainesrouilles que nous avons aperçus tout a l’heure côtoyant de près tous les rivages etsondant les bas-fonds avec leur quille. Le nouvel Argonaute en a du reste bientôtassez et môme trop : s’il revient sain et sauf de son audacieuse expédition, necraignez point qu’il en tente une seconde, c’en est fait a jamais : les plus épouvanta-bles orages conjugaux ne lui feront pas reprendre la mer, et il préférera, en dés-espoir de cause, une séparation de corps par-devant le tribunal de première instance,a celle que l’Océan opérerait ’a l’amiable.
Le mariage en lui-même ne peut jamais être avantageux à un officier de marine,'bais son plus fâcheux résultat porte sur l’arme tout entière. Les commandantsPères de famille ont en général trop peu de fortune pour ne point faire de l’éco-nomie systématique. En cours de campagne, ils fuient avec soin les occasions de.représenter; plusieurs ont mis a la voile pour éviter une invitation imminente, ou"lieux encore, après l’avoir reçue ; un devoir impérieux fort à propos découvert,•es forçait à lever l’ancre sur-le-champ, et la politesse se trouvai! rendue, car, selon•'adage, le grand foc hissé , toutes les dettes sont pagées. Dans l’ancienne marinetoute aristocratique, les officiers mariés étaient l’exception ; les cadets des grandes•amilles entraient dans le corps royal, avançaient et vivaient honorables en dépen-sât leurs propres revenus avec leurs émoluments. Certains de ne jamais manquertk rien, n’ayant pas d’héritiers directs, ils pouvaienl être grands et généreux à leur