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Province. Tome premier.
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LES GENS DE MER.

aise. Les capitaines de vaisseau d’aujourd’hui sont mariés, savent compter etagissent en conséquence. Bien différente en cela d’une foule de jeunes personnesdont les parents dissipent la dot en espérance, par un amour exagéré de brillerdans leur ville, la fille d’un officier de marine peut être sûre que la sienne tropscrupuleusement amassée, aurait dû, depuis longtemps , être bue et mangée pardelà les tropiques. L’ordonnance et les règlements qui assignent d’énormes frais detable à chaque commandant, ne le font que dans un but évident de représentationà l’étranger et a bord des navires de guerre ; il n’entre pas, que nous sachions, dansles conditions du gouvernement de doter les filles de ses capitaines.

Si vous vous informez dans les ports des opinions politiques de l’officier de marine,vous recevrez les réponses les plus contradictoires, on vous le donnera avec la mêmebonne foi pour terroriste, aristocrate ou enragé modéré ; la cause en est dans sa ma-nière hardiede trancher d’un mot les plus profondes questions sociales, sur lesquelles,du reste, il n’a guère de sentiment arrêté. 11 doit paraître tantôt blanc comme neige,tantôt rouge de sang ; au fond il est incolore, se soucie fort peu d’une forme de gou-vernement de préférence a une autre, et en parle avec une légèreté incroyable. Lesofficiers de l’armée, vivant toujours au café, lisent régulièrement plusieurs jour-naux, et finissent par adopter une nuance dont ils font mystère même à leurs ca-marades. Lorsqu’ils sont passagers a bord des bâtiments de guerre, ils sont épou-vantés de la témérité de certaines thèses développées devant eux ; ils s’étonnentmême du calme des assistants, car ils n’ont pas encore eu le temps de voir que lesans-culotte d’aujourd’hui sera demain chouan déterminé, et forcené juste-milieuaprès-demain. L’officier de marine, nécessairement privé de nouvelles régulières,ne peut trouvera la politique l’attrait d’une habitude, il en sait toujours assez pourpérorer sous l’inspiration du moment; mais ses convictions, s’il en a, sont a l’étatd’embryon. Il faut une époque de révolution pour qu’il arbore définitivement unecouleur, il la défend alors avec opiniâtreté; mais au bout d’une campagne, quand ila perdu la France de vue pendant dix-huit ou vingt mois, il y rentre avec son in-différence passée. Les écoles de tous les genres, politiques, littéraires et philoso-phiques, ont eu cependant, dans la marine militaire, des prosélytes passionnés,prêchant a la table des officiers comme saint Jean dans le désert, cherchant a fairedes néophytes, mais trouvant, hélas ! peu de ferveur dans leur auditoire.

A hord, les controverses étrangères au métier peuvent animer la conversation,avoir même de l’intérêt pour tous ; mais si l’on aborde un point de manœuvre etsurtout d’installation maritime, c’est alors que le sujet devient intarissable. Est-onà discuter la profonde question de savoir si un canon doit être mat ou brillant,ciré ou verni, frotté d’huile de lin ou simplement barbouillé de noir, le cas devientgrave, c’est uneaffaire d’état. « Huilé, crie l’un.—Ciré! répond l’autre.—Huilé, vousdis-je. » La patrie serait compromise si l’on peignait en vert ce qui est peint en blanc,et en blanc ce qui est en vert. Quelques grands hommes se sont élevés naguère jus-qu’à l’invention, en introduisant dans les navires le rose tendre, le gris perle et leventre de biche antérieurement méconnus. Leurs adeptes ont déclaré classiques etrococos les partisans de l’ancien mode de bariolage; ceux-ci, à leur tour, ont trait*?