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Province. Tome premier.
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LES GENS DE MEK.

lorsqu'une vie pareille ne donne point lieu a une foule de haines, dont les suite»sont quelquefois tragiques, ainsi qu’il arriva a bord d’une frégate qui naviguaitdans les mers de l’Inde . Le commandant se vit forcé de consigner alternativementà bord deux officiers acharnés l’un contre l’autre, qui déjà plusieurs fois s’étaientrencontrés à terre, avaient échangé des coups d’épée et de pistolet, et s’étaient fait degraves blessures. Qu’on se figure ce que doivent éprouver des gens ainsi irrités,vivant toujours ensemble, se voyant à toute heure, mangeant à la môme table,ayant des relations de service continuelles et ne pouvant se regarder sans colère.Les deux officiers, malgré la défense qui leur en était faite, descendent seuls, avantle jour, dans une embarcation de la frégate, la détachent silencieusement sans êtrevus des factionnaires, et rament eux-mêmes pour se rendre il la plage. Ils sont apeine partis, que leur absence est remarquée, le commandant est prévenu, fait arme 1 'son canot, s’y jette et débarque sur la grève peu d’instants après eux. Ils tiraientau sort le choix de deux pistolets dont un seulement était chargé, et leurs conven-tions étaient défaire feuàbout portant. Encore quelques secondes, et le capitaine ar-rivait trop tard : « Au nom du roi ! s’écria-t-il en les surprenant les armes à la main,je vous arrête. » Il fallut toute l’influence de la discipline militaire pour les con-traindre à rejoindre la frégate oit ils furent gardés à vue. Bientôt ils tombèrentmalades de rage, et, chose affreuse! tous deux moururent de haine a l’hôpital dePondichéry , où l’on fut obligé de les transporter. L’on a vu quelquefois des duels abord même, mais les règlements les proscrivent si sévèrement, le code pénal de lamarine les poursuit avec une telle rigueur, que ces exemples peuvent être considèrescomme nuis.

L’intérieur d’un bâliment est un résumé de toutes les passions dont la nudité estplus fortement mise en saillie par les contrastes et l’isolement. L’officier de marinevoit de trop près le fort et le faible de ses collègues pour être un homme légère-ment séduit par les apparences. Instruit a une école sévère, il devient misanthropeen vieillissant, et une fois relraité, il est hargneux et contrôleur enragé de touteschoses. Il se rappelle ses douleurs de commandant avec amertume : ses moindresactes étaient malignement commentés par son état-major; un jour on l’accusait demanquer de hardiesse et de fermeté, le lendemain on lui reprochait sa témérité clson entêtement, rien n’échappait a la critique perpétuelle de ses subalternes, etses bonnes qualités mêmes étaient tournées en ridicule. Il savait tout cela, s’efforça' 1d’être juste même envers les plus mordants, préférait temporiser plutôt que d’user detout son pouvoir, et pour rester dans les bornes de la modération, souvent il se rési-gnait a négliger certaines mesures utiles qui auraient exigé l’emploi de son autoritéla plus étendue; lui savait-on aucun gré de cette manière d’agir? Ce vieil offi c,eln’aime pas les jeunes gens, il leur reproche toujours de manquer de respect et desubordination, il se cite comme ayant été exemplaire dans son temps, mais il oublieque, dans ses moments de gaieté, il raconte complaisamment ses bonnes farc eSd’aspirant de marine. Si vous lui parlez de ses contemporains : « Baderne, {?•'naclic, ou mauvais coucheur ! » Vous ne le ferez pas sortir de ces réponses. S ds’agit d’une invention nouvelle, il haussera les épaules : a Vos nouveaux cabestan»