f !»8 LES GENS DE ME IL
six ou huit fois, et sont encadrés dans sa chambre tapissée de portraits de familleet de quelques autres tableaux, tels que : I e Soldat laboureur (en noir), et Ponia-towski se précipitant dans l’Elstcr (colorié ). Pour distraire des ennuis de la tra-versée, il sait une multitude d’anecdotes plus ou moins piquantes, et pourrait aubesoin lutter avec un commis voyageur. Il n’est pas précisément mauvaise langue,mais une fois au large, quel mal y a-t-ilà rire un peu aux dépens de ceux qui sont tran-quillement a terre, au coin de leur feu? les cancans des ports ont ainsi l’avantagede circuler dans les deux hémisphères; on vous dira, en coupant le tropique du Ca-pricorne, les infortunes d’un mari nantais , et sous l’épi de la Vierge, les inconsé-quences d’une demoiselle de Bordeaux . Le capitaine, une fois en train, étale avecplaisir ses bonnes fortunes du temps passé : — J’étais garçon alors, dit-il entre pa-renthèses, par respect pour sa tardive moralité, et à mille lieues de Paris ; il raconteses conquêtes d’un certain bal masqué de l’Opéra, où il s’amusa comme un dieu.Pour ces récits, il a un choix d’expressions convenables et ne sort jamais des bornesd’une politesse h anche et ouverte, qui est dans ses usages. En mer, il est aux petitssoins pour les passagères et plein d’amabilité pour les passagers, qui, à l’arrivée enErance, se hâtent de faire insérer dans le journal du crû la réclame suivante, en styledes colonies :
Monsieur le rédacteur.
Les passagers du brick l'Oremux, arrivé ce matin dans ce port, venant de la Pointe-à-Pitre , éprouvent le besoin d’exprimer publiquement, par la voie de votre esti-mable journal, leur gratitude pour les soins empressés et les attentions délicatesqu’ils ont reçus du capitaine Leroux, pendant tout le cours d’une longue et difficile’navigation. Ce capitaine, par la distinction de ses manières et de sa conversation,n’a pas peu contribué a abréger les ennuis de la traversée, de même que par sonsang-froid et sa confiance, il les encourageait pendant les affreux coups de ventqu’a essuyés ce beau brick, sans faire du reste la moindre avarie. C’est un témoi-gnage qu’ils se plaisent à lui rendre, et ils n’oublieront jamais le souvenir de sesbons soins.
Recevez, etc., etc.
(Suivent les supiatures-
Chaque jour, vers midi cl demi, quand le capitaine a terminé son point, marq" esa carte et mesuré exactement le nombre de lieues déjà faites et celles qui reste ' 11ii faire encore, il monte sur le pont avec un air de satisfaction qui fait plaisir a von •Si les vingt-quatre heures ont été bien employées et qu’on ait parcouru beaucoup d echemin, il est surtout d’une humeur charmante, et se trouve merveilleusement disposé il dérouler son répertoire aux oisifs.Il n’est pas mécontent de son sort et déclaréque la pleine mer a bien son bon côté : « C’esl un temps de repos pendant leq" e