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Province. Tome premier.
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LE CA IM TAINE DE COMMERCE.

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lu brume un grand navire en calme non loin du rivage, se figurèrent que ce devaitelle un gros Irois-mâls marchand magnifiquement chargé des produits de l’Inde ;les tètes se montent, l’on espère un riche butin : Ton appelle en aide tous les jeunesgens du quai qui s’arment jusqu’aux dents, se jettent dans la barque, el 'a force de•’auics arrivent bientôt près du bord. Les deux rangées de dents d’une frégate an-glaise se démasquèrent alors, ils voulurent fuir : « Slop, mij boys ! doucement, mesamis! cria un porte-voix qui leur parut la trompette du jugement dernier, appro-chez davantage, s’il vous plaît. » Un coup de canon à poudre appuya cette invitation ;les apprentis corsaires durent accoster. « A présent, messieurs, a votre aise, ajoutale commodore en faisant hisser a bord la chaloupe pleine de son monde; allons,allons, faites votre métier. » Les risées de l’équipage accompagnaient ces railleries,et les pauvres diables allèrent faire nombre sur les cruels pontons d'Angleterre.

A ujourd’hui les corsaires sont presque de l’histoire ancienne : lors de la pacifica-tion, la plupart se métamorphosèrent en négriers ; les négriers eux-mêmes sont de-venus impossibles. Le plus entreprenant des capitaines ne se risque pas a encourirles peines sévères prononcées contre la traite, il n’a pour dernière ressource que lapêche de la baleine, seule mission qui offre encore quelques chances de fortune ra-pide. Il en est, hélas! de la marine marchande comme de la littérature et de la poli-tique: plus d’idées neuves! Les nouvelles spéculations deviennent de joui’ en jourplus difficiles a découvrir, les constitutions el les paradoxes sont usés jusqu’à la( ‘ordc. L’Océan est mesuré au compas, ses plaines sont cadastrées; on a sondé laprofondeur de chaque crique comme celle de chaque utopie renouvelée des Grecs ; il•• existe plus une pauvre petite île déserte et inconnue à prêter à Robinson, plus un'•tisérable sophisme qui n’ait été exploité sous toutes les formes. Pour comble de•‘•alheur, la pleine mer esl couverte de gendarmes à deux ponts; la police s’y fait en"onsciencc : lé flibustier est mort, le pirate est un fabuleux loup-garou, et c’est àPeine si de temps en temps l’on entend parler de quelque fraude bien vulgaire etl'ien pâle qui s’appelle de la baralerie, conduilaux galères et n’a pas même le mé-fie de la hardiesse. C’est du commerce comme en ferait Robert Macaire, seulement"n escamote un navire et sa cargaison au lieu de travailler dans la société en com-mandite; on floue un assureur au lieu de flouer un actionnaire.

Il y a quelques années, on fit assurer un chargement de cochenille d’une grandev aleur sur un navire qui devait aller de Cadix a Marseille. Non loin de Malaga , unev °ie d’eau se déclare à bord : le capitaine juge que le navire va couler, et descend'lans la chaloupe avec son équipage. Les choses se passent régulièrement; on dresse

Procès-verbal, et les assurances auraient intégralement payé si, drossé par les cou-'ants, le bâtiment abandonné n’était venu se jeter à la côte par le plus beau calme.

experts allèrent visiter aussitôt coque et cargaison, et l’on reconnut en mêmetei >!ps que la voie d’eau avait été faite à dessein, et que les prétendus ballots de co-'‘l'enille étaient remplis de pommes de terre. L’on a l’exemple d’un industriel qui''fil faire merveille en assurant un navire imaginaire pour une campagne de loue'‘"urs, et vint après le délai légal réclamer l'indemnité pour perte sans nouvelles,fourberie était ingénieusement .combinée dans ses détails, et elle aurait eu plein