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Province. Tome premier.
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Mi MAT K LOT.

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<|ueninient, lorsque ceux de l’île de Baz reviennent d’une longue campagne. Leurpays, leurs enfants, leurs mères sont à quelques lieues; eux restent à Brest et selivrent a mille débauches pour dépenser bien vite leurs économies. Les femmes, quin’ignorent pas cet usage, se bâtent de venir les chercher elles-mêmes. Alors l’orgies’interrompt et le reste du pécule est sauvé. Ils parlent à regret; mais, arrivés sur unehauteur où se trouve une croix de pierre d’où l’on peut découvrir l’île, un saintenthousiasme les saisit, ils déposent leurs sacs, s’aident a grimper les uns lesautres jusque sur les branches de la croix, et de l'a saluent leur patrie, les larmesaux yeux. Les plaisirs de Brest sont oubliés, le voyage s’achève avec recueillement ;ils s’entretiennent de leurs affections, et semblent avoir revêtu une nature nouvelle.

Après les assauts et les rondes, le plus grand bonheur du matelot est sans con-tredit le jeu de loto si le tireur est bon. Le gaillard d’avant entre en gaieté quandchaque numéro amène un commentaire plus ou moins neuf : « JJ, les jambes dtiinaître coq, àvcc sa cuiller et son croc. — J 4 , les deux commissaires. Que le diableles porte en terre. —10, putez-vous, mais ne vous battez pas! Vive les marins! àbas les soldats! — 20, suns eau. A combien le tonneau? » la rime est de rigueur,ha vogue de ce jeu est telle, qu’elle a donné lieu ii des établissements ad hoc dansles ports de mer ; tout matelot y passe une ou deux heures chaque fois qu’il setrouve il terre le soir; il se rend de l'a au café chantant, s’il est dans une ville oùs esoit propagée celte industrie assez récente. Ici une estrade élevée reçoit des mu-siciens, chanteurs et chanteuses, loués à la soirée par le maître du lieu pour ré-galer les habitués de romances accompagnées par quelques instruments. Ces cafésfont fureur, et les cabarets ont beaucoup souffert de leur création. Cependant lesgrognards leur tournent encore le dos avec mépris; le vin de Provence a pour euxPlus de charmes, et l’on peut dire que le cabaret classique est pour les anciens,ta ndis que le café romantique n’est assidûment fréquenté que par la générationrt >oderne.

Simple comme un enfant, sans souci de l’avenir, le matelot pense rarement auxc hoses de la terre, encore moins a celles du ciel. Cependant il est pieux à sa ma-cère; il trouve de mauvais goût les railleries sur les choses sacrées, fait des vœux^Ulcères et les exécute fidèlement. Superstitieux par excellence, il croit qu’un chatJet é à la mer est une cause de malheur, qu’un prêtre passager amène le gros temps,et qu’il ne faut rien dire d’injurieux il la brise. Si un camarade vient à mourir," n service funèbre sera célébré en grande pompe aux frais de ses amis ; ils ne souf-friront pas qu’on le mette dans la fosse des pauvres, et lui feront construire le plusheau cercueil. « Nous ne voulons pas que notre matelot soit mis en terre dans unPétrin, faut que sa bière ressemble à un youyou 1 pour le moins. » Ainsi que dansCe tte dernière phrase, ils emploient toujours le mot matelot dans le sens d’ami ouCa uiarade. « Courage, matelots! disent-ils. —Un tel est mon matelot. — Je suis ma-

'onjrou, très-petit canot dont la forme varie suivant les localités.