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Province. Tome premier.
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POPULATIONS M A KITI AI L S.

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les connaissent tous; les annuaires sont incomplets au prix de leur mémoire. Une•tonne ou une mauvaise action y est enregistrée a jamais : malheur a qui s’attireleur inimitié!

La tille des ports déteste souverainement tout ce qui est militaire et uniforme;comme le matelot est l’opposé du soldat, elle est l’opposé de lacantinière. Cepen-dantelle prend quelquefois l’apparence de celle-ci, dans ses relations avec les casernesde marins, mais le naturel reste le môme. Elle ne sait pas plier une fois à terre, cl,en maîtresse femme, dès qu’elle est légitimement mariée, elle gouverne despotique- .ment son intérieur. Si elle est hôtesse, elle sera aux ordres de tous, a la vérité, maisne tiendra nui compte de ceux de sou époux. Elle n’entend pas que celui-ci se môled’être jaloux, elle le mène durement, et le pauvre homme le trouve bon. Pour qu’unpareil ménage vive en paix, il suffit que le mari soit réduit a zéro comme il arrived’ordinaire.

Devient-elle veuve, la femme du matelot ne tarde pas à se remarier : il est fré-quent d’en voir d’assez jeunes qui ont eu quatre ou cinq maris. Leur premier est mortdes fièvres de Madagascar , le second d’une chute à bord, le troisième s’est noyé dansle Tage, le dernier n’en est pas moins marin comme les précédents. C’est alors que,pour ses pensions de veuve, elle est sans cesse en chicane avec les bureaux. Elle ades enfants de tous les lits, les traite également, sollicite pour placer les garçons abord de la corvette des mousses, et y met une persévérance telle, que ses efforts finis-sent toujours par être couronnés de succès. L’éducation de ses filles est d’une autrenature ; comme elle est a l’aise désormais, elle tient pour celles-ci a une verluqu’elle n’a pas exercée dans sa jeunesse, tant s’en faut. Si elle en a le temps, elleles marie successivement a des marins; l’aînée lui succède bientôt dans son com-merce, et tout va le mieux du monde, tandis que son dernier mari fume tranquil-lement la pipe sous le manteau de la cheminée. Mais si la mère de famille vient àmourir, les garçons prennent leur volée comme il plaît a Dieu , et les filles se créent,nécessiteusement une des existences que nous venons de parcourir.

A la cérémonie dernière, quelques braves matelots occuperont la place d’hon-neur, et navigueront jusqu’au cimetière dans le sillage de la bonne femme. Leurdouleur ne se trahira que par un serrement de main silencieux, et peut-être unebonne grosse larme qui coulera sur leur face brûlée. Son oraison funèbre sera pro-noncée en peu de mots au cabaret le plus voisin. « Credienne ! matelot, elle ne nousversera plus à boire, la pauvre vieille! — Que veux-tu? bon ou mauvais, lout ypasse, les hôtesses et les commissaires; pas moyen dédoubler c’tte pointe-là. — C’esttout de môme fichant qu’elle ait avalé sa gaffe avant nous autres, ses anciens : pas'rai ? » Une pipe sera fumée à son souvenir, puis on se séparera... Mais quelquefoisencore, sur un gaillard d’avant, au delà des tropiques, la mémoire de cette femmemaritime éveillera quelque bonne pensée dans le cœur d’un vieux gabier qui, entredeux jurons, se permettra un Pater pour elle, sans en rien dire à personne.

Il n’est pas d’état ni de profession dans les ports qui ne subisse l’influence desmœurs maritimes; si les filles et les femmes des matelots ont un vernis marin qui•es distingue particulièrement, ce n’est pas à l’exclusion des autres habitants. Les

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