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Province. Tome premier.
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LUS GENS DE MER.

termes de marine sont usuels dans les villes du littoral, les nouvelles du port n ysont étrangères à personne, les armements de toute nature intéressent chacun, oupar des causes commerciales, ou par suite de liens de famille, ou au moins parcuriosité ; mais les classes pauvres sont celles qui tiennent par le plus de points à cequi est relatif à la mer. Les succès de la pêche, le retour des marins, les grandstravaux de digues et de curage sont pour elles des sources de bien-être immé-diat. C’est sur elles que se répandent les gains des pêcheurs, des matelots et des ou-„ vriers ; il y va donc de leur bonheur que les choses de la navigation soient dans unétat florissant. Quand le mouvement se ralentit, qu’il n’y a plus d’arrivages, de.chargements ni de déchargements, la misère augmente dans une affreuse progres-sion. Les constructions de navire sont aussi d’un grand secours : il faut des bras pouraller chercher les matériaux, il faut des manœuvres de toute espèce, l’ouvrier pro-prement dit n’est pas seul a en profiter.

L’ouvrier des ports fait d’autant plus partie des gens de mer, qu’il est sujet àla loi de l’inscription maritime ; mais son allure est bien moins pittoresque quecelle du matelot ; sa vie est loin d’être accideutée de la même manière, il tient purtrop d’endroits a la terre ferme, et, comme les tritons de la fable, il n’est marinqu’a moitié. D’ailleurs, un seul jugement ne saurait convenir 'a tous les ouvriers.Chaque métier a des usages différents ; il est singulier de remarquer que ceuxd’une profession sont rangés et se rendent régulièrement aux chantiers, tandisque ceux d’une autre se hâtent de boire leur solde dès qu’ils la reçoivent, et sontloin d’arriver au travail avec la même exactitude. Au Havre , presque tous lesperceurs ont des livrets à la caisse d’épargne, et c’est à peine s’il en est de mêmede quatre ou cinq calfals. Les charpentiers, les forgerons, les voiliers, les cor-diers ont peu de ressemblance entre eux ; mais plus un état met ces hommes encontact avec les matelots, plus ils s’en rapprochent par les mœurs et les ma-nières.

Les charpentiers naviguent souvent. Un matelot charpentier est fort estimé aucommerce; tout bâtiment au long cours en a au moins un, pompeusement décoré dulitre de maître charpentier-calfat, car il cumule de nom comme de fait, mais pl usencore de fait que de nom. Il est toujours a l’œuvre, n’abandonne la scie on le rabotque pour le maillet chanteur ou le guipon ; dès qu’il a fini de réparer une avarie dela mâture, des embarcations ou de la coque, il faut qu’il aveugle une couture, qu’denduise quelque soute de brai, qu’il cloue de la basane ou des prélarts 1 jusque dansles coins les plus immondes; il faut qu’il garnisse et graisse les pompes, car il est enoutre maître-pompier. Chaque jour lui amène de nouvelles occupations; le venl, 1®mer ou le temps rongeur ne le laissent jamais chômer, et pourtant ces nombreuxtravaux ne le dispensent d’aucune des fatigues de l’équipage. S’agit-il de prendre unris, il abandonne l’ouvrage commencé pour monter à son poste sur la vergue ;reprendra ses outils en descendant. Donne-t-on l’ordre d’armer un canot, il se de-

1 Prélart — grosse toile peinte.