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pouille de son épaisse vareuse grise et goudronnée, remplace par une coiffure moinssale son vieux chapeau ciré couvert de suif, trempe les mains dans la mer, et le voilàqui saisit un aviron. Au retour, il revêt de nouveau son costume d’ouvrier, et levoici sifflant gaiement un air de compagnonnage, tout en jouant de la tarière ou dumarteau. Si le matelot charpentier prend part à tout, il sait aussi se faire aider partous; il ne tient qu’à lui d’avoir autant d’apprentis qu’il y a de jeunes marins à bord,car chacun lui porte envie : il a la plus haute paie après le maître d’équipage, et c’estune belle perspective pour bien des novices que la position de charpentier-calfat.Lors de son embarquement, il a accepté cette qualification qui est exacte, mais n’ou-blions pas qu’il est charpentier ; s’il exerce le calfatage, c’est par occasion : il se faitgloire de n’avoir jamais appris par principes cette dernière profession, et se moquetout le premier du calfal spécial, dont il n’a du reste ni l’amour-propre, ni l’ivro-gnerie, ni la froide impassibilité. Le charpentier est, en général, très-intelligent,sobre, économe, et il se marie de bonne heure ; mais il est toujours raisonneur, clparfois insolent, ce qui n’arrive jamais au calfat.
Celui-ci, lier d’une profession qui l’assourdit cl le crétinise dès l’enfance, tout in-fatué qu’il soit de ses travaux bruyants et malpropres, est doux, subordonné, com-plaisant et non moins intrépide que les autres gens de mer. Le calfat ne navigue passur les bâtiments de commerce, maison le trouve sur les vaisseaux de l’état. L’onsait alors quels dangers il affronte pour aller, de gros temps, suspendu à une corde,combattre la mer corps à corps, et bouclier une voie d’eau sous le flanc du navire.On le voit pendant une action s’affaler au dehors, et là, indifférent à la grêle desballes et de la mitraille, travailler, avec le même calme que dans un chantier, à clouer•me plaque de plomb sur le trou d’un boulet ennemi.
Les forgerons n’embarquent guère qu’à bord des baleiniers où leur office est in-dispensable pour les chaudières, les lances et les harpons. Cependant la naviga-tion à vapeur a rendu cette profession beaucoup plus maritime : un grand nombrede forgerons s’engagent comme chauffeurs ; car le chauffeur doit être ouvrier en fer.H faut qu’il puisse réparer promptement ces avaries de détail qui surviennent lors-que les machines sont en mouvement ; il faut que la môme main qui manie le ringarddans les fourneaux, sache battre l’enclume, diriger la lime, conduire le foret, dé-tordre ou refaire au besoin les piècés accessoires, creuser un pas de vis, consolidertoi écrou, redresser un robinet, polir un plateau. Souvent le chauffeur a été armu-rier, chaudronnier, cloutier, maintenant il est une variété du marin. Comme la sa-lamandre, il vit également dans l’eau et le feu. L’orgueil du chauffeur est infernal :ü a presque du mépris pour le simple matelot, qui ne se joue que des vents et de latoer, lui qui a de plus les flammes et la vapeur, l’incendie et l’explosion à braver :lui qui navigue dans un volcan. D’ailleurs, il se croit savant, se donne toujours pourtoécanicien, et quelquefois pour mathématicien; le fait est qu’il est bon ouvrier.c etle fatuité du chauffeur le rend insupportable aux autorités du navire. On lui per-met beaucoup ; il est exempt de tout travail de nettoyage hors de son laboratoire, ildescend un des premiers à terre, revient un des derniers à bord, cl pourtant il abuseencore. On le rétribue plus grassement qu’aucun aulrc, cl ses privilèges sonl aulanl