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Province. Tome premier.
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LES GENS DE MEK.

poignées de maiils convulsives. Lu l'oule enfin se divise, et quelques femmes, H 11pauvre vieux père, se refirent les yeux humides, le cœur brisé. André, Pierre,Nicolas, où sont-ils? peut-être morts? Non, ils ont déserté, pour l’amour d’une Es-pagnole de Chili .

Le baleinier descend a terre, et va dès lors partager avec le vulgaire des plaisirsde toute sorte, au milieu desquels il se distingue, en ce qu’il se rassasie pour ou-blier ses privations; il saute au plafond pour délier le roulis, querelle souvent pourse dédommager de l’esclavage du bord, et jette sans discernement le peu d’argentqu’il a touché, pour se procurer des émotions qui ne se renouvellent qu’à des in-tervalles de deux ans.

Mais, dans ses prodigalités, il faut le dire, il n’oublie pas le vieux pauvre, et ce-lui-ci, adroit et prévoyant, attaque sa proie à l’issue de la caisse, car demain peut-être il ne serait plus temps.

Au théâtre, le baleinier ne choisit ni les loges, ni les stalles, non par économie,,mais parce que ces boites sont trop étroites pour ses mouvements, el les hurlementspar lesquels il se distrait pendant l’entr acte ne résonneraient pas aussi fort qu’il leveuf. Les acteurs peuvent alors impunément tout oser, car le baleinier veut desgestes, des chansons, des ballets, des décors pour son argent, et quiconque oseraittroubler son extase par des sifflets recevrait, sous forme de pommes cuites ou dedécimes meurtriers, les témoignages de son dévouement à l’ordre.

Le temps du séjour des pêcheurs de baleines dans les ports est aussi la périodede gloire de toutes les tavernes. C’est encore alors le printemps de la grisette desfaubourgs ; car, aussi longtemps que dure la petite somme gagnée par tant de fati-gues, elle suit le matelot comme une providence et l’exploite, au grand avantage deses contours, qui s’arrondissent, se colorent, s’animent de tous les feux qui, I®bourse du baleinier une fois épuisée, vont allumer le cœur de quelque commis euindigos.

Combien, jusqu’à ce triste dénoûment, le baleinier est tendre et confiant! H ta "loue ses bras, ses jambes, sa poitrine, d’emblèmes ineffaçables destinés à lui rap-peler toujours les protestations d’amour que lui versait la perfide; les autels enflant'més, les cœurs conjugués et traversés de flèches, les initiales de leurs noms entre-lacées de lierre et de myrte, tels sont le plus communément les signes auxquels u nreconnaît, dans l’état de nudité, les ravages d’une passion profonde. Sous les trop 1 'ques particulièrement, quand la chaleur trop insupportable fait abandonner les vc 'tements, c’est alors que se dévoilent de touchants mystères; les victimes se rapp 10client et s’expliquent avec enthousiasme les légendes hiéroglyphiques gravées surleurs mollets, obélisques de leurs conquêtes.

« Tu sais bien Catherine, la fille à François !...

— Tu connais Félicité !... »

l’ous deux racontent à la fois leur histoire, sans s’écouter l’un l’autre, tant e-délicieuse l’expansion d’un cœur dilaté par la température de la ligne.

Mais quiconque a visité le Havre vers le mois de mai connaît les mœurs terre»^'des baleiniers. Dans le port, ils ressemblent à tous les matelots français en libert e ’