LES GENS DE MER.
230
11 e songeraient pas au point capital; il faudrait des caissiers pour conserver les fondsdestinés à secourir les baleiniers; on pourrait les leur confier.
Tous ces novices n’ont pas interrompu, pendant la campagne, l’exercice de laprofession qui les faisait vivre avant le voyage. Le tailleur réparait les voiles et lesculottes ; le peintre en bâtiments badigeonnait les mâts, les pirogues, les sabords;l’ébéniste organisait les gamelles, tournait les cabillots; l’ex-boulanger pétrissait lepain des officiers et composait, le dimanche, pour l’équipage, une pâte cuite dansl’eau, nommée potin, mets emprunté aux baleiniers américains; Malliurin, qui con-duisait jadis des bœufs, dirigeait de sa voix les mouvements des matelots ; puis Grin-galet, ancien paillasse de Rouen , cultivait ses talents dans le rôle de loustic; Roque-laure enlin, vendeur de contre-marques retiré des affaires, était le boute-en-train,le meneur, et, dans les relâches, le maraudeur incomparable.
Ce qui leur avait donné le goût de cette navigation, c’était, par-dessus tout, l'es-poir d’un gain considérable. Les jouissances multipliées que le matelot baleinier scprocure pendant quelques jours sont bien capables, en effet, de tenter des ouvrierspauvres. Mais, au retour, les 500 francs, au maximum, que leur travail devait pro-duire leur échappent par portions que l’armateur réclame successivement:
Avances en 1857 200 û -
Médicaments embarqués. 10
Hôpital. 10
50 francs avancés a Rio-Janeiro. 50
Intérêts de celte somme il 70 p. 100. 55
Commission. 05
Intérêts de cette somme, au bénéfice de l’armateur, a 20 p. 100. . I0
Vêtements, tabac, pipes, couteaux, savon, vendus par le capitainependant le voyage.150
470
Souvent il arrive que le novice est en arrière de 100 francs; il fuit alors, eall'armateur, sangsue insatiable, oserait, sans égards pour la morale publique, 1 eréduire a l’état sauvage.
Les officiers et les capitaines sont mieux traités; outre l’honneur de l’expé^ 1tion, ils ont droit à un bénéfice considérable. Cependant le capitaine, le plus s0 °vent, 11 ’amené pas, c’est-à-dire reste à bord quand ses officiers poursuivent l abaleine; il dort ses nuits entières; quelquefois la chaleur ou le froid le retiennesur son lit pendant le jour. L’armateur lui compte avec reconnaissance, à son r e
tour, de 20 à 50,000 francs. Cette disproportion toutefois est assez juste : le ca P'laine, en effet, a commencé lui-même par le noviciat; il a souffert tout avec courage pour parvenir au grade qu'il a atteint; s'il se repose, ce qui 11 ’est pas vrai p° ul
tous, il prend encore la plus grande part à l’opération qu’il dirige avec zèle; clgain, digne d’envie, donne de l’émulation aux officiers, de l’espoir aux harponnent*'