LES BALEINIERS.
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du désir aux matelots, de la persévérance aux novices, car, pour tous, les moyenssont les mêmes.
Si les novices, les matelots, les liarponneurs, les officiers et le capitaine ont àterre des idées toutes différentes, tous, sur le navire, ont une pensée commune. Apeine embarqués, ou du moins après le temps nécessaire a l’évaporation de leurgaieté vineuse, la préoccupation du métier s’empare de leur esprit. Le nombre desbaleines qu’on chassera, la quantité d’huile qui en résultera, mettent en jeu leurimagination. Ce qu’ils négligent d’euvisager par avance, c’est la fatigue et le danger.
Dans leurs prévisions, la réputation d’adresse des officiers, l’expérience du capi-taine, sont sans doute des garanties de succès; mais le jour et la date de l’appa-reillage, les circonstances et l’aspect sous lequel le vent et la mer se sont montrésau départ, confirment ou détruisent les espérances, inquiètent ou réjouissent lesmatelots. Dans l’état-major même, on accepte comme incontestable l’influence desnombres impairs et du vendredi; le sifflet innocent d’un mousse présage infail-liblement des tempêtes. Les événements du voyage donnent toujours de la valeuraux pronostics; car les oracles, par une sage précaution, ne déterminent ni les lieux,ni les temps, ni les suites des difficultés qu ils prévoient.
Les premiers jours de mer sont généralement assez tristes; cependant on s’exa-mine, on se juge; les sympathies et les haines se déclarent.
Le capitaine connaît assez bien son équipage avant rembarquement ; a leur tour,les matelots passent en revue les antécédents du capitaine : les poltrons le trouventimprudent, les braves l’estiment. Aussi, le jour où chacun des officiers choisit leshommes qui nageront dans sa pirogue et le harponneur qui doit en occuper l’a-vant, tous ne sont pas également satisfaits. Si quelque novice imprudent témoignesa crainte dans cette occasion, on lui peint sous des traits effrayants les dangersqu’il doit rencontrer : la baleine l’écrasera de sa queue, les cachalots le déchirerontde leurs dents. Le pauvre garçon dès lors ne dort plus sans rêver; il se réveille leplus souvent dans les tortures de l’agonie.
Dans la chambre commune de l’arrière, au repas du premier jour, l’état-major seplace, suivant les grades, autour d’une table dont le capitaine occupe le centre. Chacuna recueilli dès longtemps des renseignementssurtous les convives. L’un est menteur etmaladroit; avec un autre, il faut parler respectueusement des prêtres et des Bourbonslégitimes; le capitaine aime avec passion les trois couleurs, parce que l’ancien pa-villon ressemblait trop à une serviette; le respect qu’il professe pour l’arc-en-cielde la liberté de juillet rejaillit sur la charte, sa tendresse pour la constitution re-bondit sur la personne du roi, ainsi de suite. Quant au lieutenant, il aime le vin,l’amour et le tabac; la bouteille quicircule est l’objet d'une attention toute particulièrede la part de ceux qui la doivent tenir en dernier lieu, et, de droite a gauche, ellearrive au chirurgien, qui verse, mécontent, quelques doigts d’un vin épais et raredans un cristal de cabaret.
Pour ce qui concerne la cuisine, les ressources sont très-bornées. Quelquefoisle capitaine, initié au détail des tables d’hôte de Paris , engage un maître d'hôtelhabile a mettre en œuvre les vulgaires provisions de l’ol’lice. Aux grands jours.