Band 
Province. Tome premier.
Seite
246
JPEG-Download
 

240

LES GENS DE MEK.

et prélèvent librement leur nourriture sur les cadavres des baleines. Cette récipro-cité de services est une garantie de bons rapports entre les indigènes et les balei-niers, et les mariages momentanés que les femmes et les filles des Néo-Zélandais contractent, au gré de leurs maris ou pères, avec les baleiniers, contribuent encoreà les rapprocher familièrement.

Les baleiniers se réunissent en grand nombre dans les baies de la Nouvelle-Zélande ,ety séjournent pendant les six mauvais mois de l’année. Us pêchent alors les baleinesqui viennent déposer sur les fonds de sable les baleineaux qu’elles mettent bas acette époque.

Durant ce long séjour, les baleiniers paraissent heureux et satisfaits; ce qui semblele plus leur manquer, c’est un cabaret; car, pour les plaisirs de l’amour, loind’essuyer de cruels refus, ils fuient, au contraire, les sollicitations désintéresséesdes femmes ; et souvent, au milieu des attaques multipliées qu’ils veulent repousser,ils invoquent les tendres souvenirs de leurs amies de France .

Si quelque navire parti plus récemment du Havre les joint au même mouillage,les letlres qu’il leur apporte raffermissent leur cœur, désormais imprenable. Julieest restée fidèle à Malhurin ; Madeleine attend le retour de Joseph, qu’elle épouseravolontiers.

David, le vieux maître coq de l’équipage, vertueux dans les relâches en vue desa Marguerite, en reçut un jour une lettre ; mais il ne savait pas lire. 11 reconnut à lufaçon générale de l’adresse que c’était sa liancée Marguerite la fruitière qui lui écri-vait. Qui pouvait lui lire cette lettre sans le tromper? Non-seulement il n’avait pas d’a-mis, mais tous le persécutaient, et, s’il était possible qu’on lui eût lu exactement cequ’il brûlait d’entendre, peut-être eût-il appris quelque nouvelle funeste à son amour-Il s’adressa au chirurgien :

« Major!... pardon, escuse, major! Voyez-vous, major, j’dois in’marier en Ave-nant... j’aiz’une lelt’ d’ma future et j’sais pas lire; vous qu’êtes savant, voulez-vous, sous vol’ respect, ui’dire c’qu’a dit. »

Le chirurgien daigna être eomplaisanl, et lut:

« Mon bichon ,

Ce mot le lit sourire ; ce mot attendrit et lit pleurer David.

« Je t’envoie la présente par le (ils il Madeleine Tirou, qui est novice a bord ‘I e« t'Anlénor. Charles, ton garçon, est toujours a l’hôpital, qu’on l’emploie à la basse« cour ; il n’a pas grandi. Étienne et Bâtisse est sur la vapeur de Bouen, pour la« cuisine. J’ai vendu ta lévite, el je t’aime toujours bien en attendant que tu viennes« me prendre pour épouse, que je suis sûre que je ferai ton bonheur et moi aussi-

« Adieu, mon chérubin, sois-moi fidèle.

« Ta sincère Maiuuieiute Poitchat. »