L’AUIIEHGISTK.
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Selon qu’un jour les amis du gouvernement amont festoyé chez son concurrenlmaudit, il fulminera le soir une philippique ardente contre l’autorité, et, le lende-main, l’opposition campera fièrement dans son logis. L’auberge devient un drapeau.Mais c’est l'a une extrémité terrible a laquelle l’aubergiste ne se résout qu’à soncorps défendant. Achille du lournebroche, il voudrait toujours demeurer sans salente.
L’auberge est, avec l’église, le seul bâtiment qui donne de la physionomie au vil-lage. Que serait le bourg sans elle? Un corps sans âme et voilà loul. Enlevez VÉcude France ou les Trois mages qui embellissent sa grande rue, sa seule rue quel-quefois même, et le bourg sera comme un visage sans yeux. L’auberge est le liengastronomique qui le relie au pays d’alentour et le fait participer à l’existence gé-nérale du département, de la province, de la France entière. Sous ce point de vueencore, l’auberge est une école mutuelle où l’enseignement se fait par l’action. Lepeuple français , qui est certainement le plus bavard de tous les peuples, aime à seréunir pour parler ; il a horreur des impressions solitaires. On se cherche, on se ren-contre, on cause, et, sans le savoir, les opinions se fondent, les mœurs se modifientet, souvent, les événements du lendemain sont le résultat des conversations de laveille. L’auberge est le club du village; c’est l'a que le vieux soldat conte aux en-fants émerveillés les batailles épiques de l’empire, auxquelles se mêlent aujourd’huiles récits du zouave ou du zéphir revenu d’Afrique ; le gendarme, les mains croi-sées sur son sabre, rappelle le dernier crime qui épouvanta la contrée, et commentil arrêta le malfaiteur dans le bois voisin, un soir que le vent sifflait dans les arbreset que la pluie détrempait le chemin. On questionne le voyageur qui s’arrête pourdîner, et il dit volontiers où il va et d’où il vient. On est indiscret comme on estconfiant. Tandis qu’on parle, on fume et on boit, en attendant l’heure du dîner; àmesure que les voyageurs arrivent, on ajoute quelques couverts à la table, un gigotà la broche, on élargit le cercle qui s’arrondit autour de l’âtre lumineux, et il seforme là d’étranges relations entre les gens qui passent et les gens qui restent.
Ainsi que son auberge, la main de l’aubergiste est ouverte à tout le monde.C’est le plus bavard de tous ses commensaux bavards ; le plus remuant, le plus in-discret, le plus hâbleur : chacun obtient quelque chose, un sourire, un salut, un re-gard bienveillant, une tape sur l’épaule, une inclinaison de tête, un serrement demain, franc-maçonnerie du geste graduée selon la condition du nouveau venu. Si,tout à coup, on vient lui dire que l’auberge est pleine, qu’une voiture est là, à laporte, qui attend, et qu’il n’y a plus de place au logis, l’aubergiste ne s’étonne pas,il a des ressources pour toutes les circonstances; en un tour de main, il dresse unlit dans la grange, ce sera le sien ; quelques bottes de paille au grenier, voilà pourses enfants; et, radieux, triomphant, le sourire aux lèvres et le bonnet à la main,il conduit les Anglais dans sa chambre abandonnée. Tous les voyageurs qui passenten calèche sont des Anglais pour l’aubergiste; c’est une règle générale, une croyancepréexistante Mais à ce titre-là il leur fait payer étrangement tout ce qu’il leursert et ce qu’il ne leur sert pas. C’est une affaire de patriotisme. L’aubergisteaime à fonder sa fortune avec les dépouilles de la perfide Albion, ainsi que les chan-