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L’AUBEItGISTE.
sons où gloire rime avec victoire loi ont appris à appeler l’Angleterre. Il arrivesouvent, le plus souvent même, que ces Anglais sont de bons propriétaires de laBeauce ou de gros (dateurs de l'Alsace ; mais qu’importe ? on prend leurs louis pourdes guinées, et la conscience est en repos, l’intention étant réputée pour le fait.
Le temps de l’aubergiste ne lui appartient pas, il est au public; son sommeil mêmen’est pas à lui : il dépend du premier maraud aviné de le réveiller au plus sombrede la nuit, sous prétexte de lui demander un gîte. Aussi faut-il lui pardonner unpeu si son vin n’est pas des bons crus, et si ses mémoires vont hardiment sur lesbrisées des comptes d’apothicaires. Il faut bien payer le dérangement, la fatigue etl’insomnie.
11 est vrai que, nonobstant cette insomnie, cette fatigue et ce dérangement, l’au-bergiste se porte le mieux du monde. Les névralgies, les migraines, les fluxionsn’entrent jamais en son logis; le matin il chante, il chante encore le soir de façonà faire vibrer les carreaux de son auberge ; le rhume n’a pas de prise sur cette largepoitrine qu’il expose sans crainle aux froides brises du matin. Leste, fringant,nerveux, l’aubergiste, n’atteint presque jamais l’obésité si fréquente dans le corpsdes rôtisseurs. Une cause physiologique explique celte différence : le rôtisseurse repose dans son travail, et l’aubergiste agit. C’est lui qui le premier se lèveavant l’alouette, avant ses garçons surtout ; c’est lui qui le dernier se couche quaudtout dort dans la maison. Mais il est aussi de toutes les fêtes, de tous les plaisirs, detoutes les joies; c’est le chansonnier vivant de la commune : tous les voyageurs,qu’ils viennent de l’Est ou de l’Ouest, lui ont appris les couplels les plus en voguedu Caveau ancien et moderne, et les lambeaux de ce qu’il a retenu lui font un réper-toire immense et varié. Au dessert, quand sa mémoire s’embrouille, il met auhasard des airs sur des paroles qui n’ont jamais marché de compagnie, chantebravement à pleine voix, fait rimer le tra la la d’une barcarolle avec les zon zon zond’un chœur bachique, et le dilettantisme villageois applaudit avec frénésie. Commentvoudrait-on que l’aubergiste ne se portât pas bien? Aimé, choyé, recherché, il em-brasse toutes les lilles, et gagne sur tous les passants. Il exerce sans trop de peine etassez volonliers une hospitalité peu coûteuse ; il y a toujours dans la grange un petitcoin avec de la paille fraîche pour le mendiant, et dans la huche un morceau depain bis. S’il tond sans vergogne la bourse des riches voyageurs, il donne sansregret aux pauvres diables; il prend beaucoup d’un côté, il rend un peu de l’autre,et la bonne volonté rétablissant l’équilibre, l’aubergiste s’endort gaiement du som-meil du juste.
Au milieu de toutes les choses qui passent ou se modifient, l’auberge reste seuleimmuable. Dans le Maine, au fond du Périgord , dans les vallées du Dauphiné, elleest aujourd’hui ce qu’elle était autrefois, au temps où Philippe d’Anjou , allantprendre possession du trône d’Espagne sous le nom de Philippe V , mettait quinzejours pour se rendre de Paris à Bordeaux en voyageant grand train. Le progrès n’apas de prise sur ses vieilles murailles rugueuses, sur ses toits brunis par la pluie,où les hirondelles voyageuses suspendent leurs nids; la porte demeure fermée auxinnovations, l’ébéniste ne louche pas aux meubles, et si par aventure le maçon ou