LE COM KI) I K N l)lï PKOYINOE.
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dessert exclusivement pendantl’liiver la ville de Châlons-sur-Marne . Alcindor accepte.Comment ferait-il pour ne pas accepter?
Il touche, comme avances, son premier mois, dont le correspondant lui retientau moins la moitié pour ses honoraires, et il s’embarque dans la rotonde à desti-nation de Châlons-sur-Marne .
A Châlons , la vie du pauvre artiste n’est pas aussi agréable que veulent bien sel’imaginer les cinquièmes clercs de notaire de la rue Saint-Honoré et les ap-prentis bijoutiers du quartier Saint-Martin. On ne donne spectacle que quatre foispar semaine ; mais les journées se passent en répétitions. Les tirades de mélodrameet les couplets de vaudeville laissent à peine à Alcindor le temps d’aller prendre lefrugal repas, que, moyennant la rétribution de 1 fr. 50 c. par tête, la femme dusouffleur de la troupe prépare pour tous les camarades. N’est-ce pas là un tristemétier?
« Mais, me diront les clercs de notaire de la rue Saint-Honoré et les bijoutiersde la rue Saint-Martin, Alcindor est bien dédommagé des heures du jour parcellesdelà nuit; les plaisirs de l’amour lui font oublier les fatigues de la scène : nereçoit-il pas tous les matins mille billets parfumés, et chaque soir une main discrètene lui ouvre-t-elle pas la porte d’un boudoir de satin et de velours? »
Ah ça I mes chers amis, d’où venez-vous donc pour faire ainsi du roman et dela poésie? Vous croyez-vous encore au temps où un comédien était quelque chosed’extraordinaire, d’excommunié, de diabolique? quelque chose qui était et setenait en dehors de la société, qui avait l’orgueil de sa situation et de sa personne?quelque chose qui avait la main blanche, la jambe galante et la chevelure bienpeignée ? quelque chose enfin dont raffolaient les femmes de condition? Vous croyez-vous au temps où l’arrivée d’une troupe de comédiens mettait en émoi madamel’intendante, madame la trésorière, madame la présidente, madame la lieutenanlede roi et toutes les hoberelles des environs?
Ce temps est bien passé !
Le comédien est le seul qui n’ait rien gagné au jeu de nos révolutions ; bien loinde là, il a perdu à devenir l’égal de tout le monde et à être vu de près. Cen’est plus un être exceptionnel, et entouré de je ne sais quels mystérieux nuages dumilieu desquels on aimait à le.faire sortir; avec lui, l’amour n’était plus seu-lement de l’amour, tant cet amour semblait coupable! et la grandeur du crime luiprêtait aux yeux des femmes des attraits cent fois plus grands ! Aujourd’hui lecomédien n’est plus qu’un citoyen comme les autres, quelquefois plus mal tournéque les autres. Pourquoi voulez-vous qu’une femme aille chercher bien loin, et avecbeaucoup de danger, ce qu’elle rencontre si facilement à ses côtés? Et quelcharme surnaturel trouver dans une intrigue qui est soumise aux mêmes chancesque toutes les autres, et qui, au pis, se dénouera, comme toutes les autres, par micoup de pistolet du mari, ou par un procès en police correctionnelle?
Alcindor, je vous le jure, se tient pour bien heureux quand l’amour des jeunescomédiennes, ses compagnes, ne lui est pas enlevé par les beaux fils el les dissipa-teurs de la ville.