LE CO MK DI EN DK PROVINCE.
555
Combien de fois, en cherchant l’habit brodé du marquis de Mascarille, n’a-t-iltrouvé que les haillons de Robert Macaire ! Combien de fois, pour représenter unbrillant chevalier français , ne lui a-t-il manqué que la cuirasse, le casque, le tricot,l’écharpe, les gants, l’épée et les bottes jaunesl lin autre aurait été découragé ; maisl’esprit inventif d’Alcindor était au-dessus de pareilles difficultés.
C’est lui qui joua un confident de tragédie en se drapant dans les rideaux deson lit d’auberge.
C’est lui qui, n’ayant point de bottes a l’écuyère, imagina de se badigeonner lajambe jusqu’au genou avec du cirage.
C’est lui enfin qui, devant représenter un soldat dans une pièce militaire, allapayer à boire au sergent du poste voisin, lui emprunta son uniforme, le laissaen chemise, l’enferma dans sa loge, puis l’oublia après le spectacle, et lui fit passertoute la nuit dans la plus triste des situations.
Du reste, Alcindor n’est point égoïste; son génie est au service de ses camarades.Que de fois ne leur est-il pas venu en aide !
Une troupe dont il faisait partie se trouvait, au beau milieu du plus rude des hivers,dans une ville où elle ne gagnait pas un sou. La bourse des pauvres comédiensétait à sec ; ils ne trouvaient plus de crédit chez les fournisseurs, leurs besoinsdevenaient pressants; il leur fallait absolument une recette. On eut recours à Al-ciudor. Voici ce qu’il inventa pour tirer ses camarades de ce mauvais pas : il rédigea,puis fit placarder dans tous les coins de la ville une affiche qui commençait ainsi :
Première Représentation
DE
NI. SAMSON.
PREMIER COMIQUE DE LA FRANÇAISE,
elc., etc., etc., etc.
Le prétendu M. Samson n’était autre qu’un acteur d’une troupe des environs,que l’on avait fait venir pour la circonstance.
Le soir, salle comble et recette magnifique. Le pseudo-Samson obtint assez desuccès; cependant on ne lui trouva pas autant de talent qu’on s’y était attendu.Puis quelques farauds de la ville, qui avaient fait le voyage de Paris et qui avaientvisité la salle de la rue Richelieu, prétendirent que M. Samson parlait du nez,tandis que le nouvel acteur avait une voix de tête superbe. Les soupçons se com-muniquèrent, se propagèrent, la nuit porta conseil, et le lendemain matin onacquit la certitude par le sous-préfet, qui avait eu autrefois une pièce sifflée h