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LE COMÉDIEN DE PROVINCE.
l’Odéon, et qui n’avait pu assister a la représentation de la veille, que le nouvelacteur n’était pas M. Samson.
Oh ! alors la rumeur fut grande... Déjà la crainte des conséquences que pouvaitavoir cette escapade diminuait, chez les comédiens, la joie d’avoir fait une recettede iSOO francs; Alcindor seul était impassible. N’avait il pas dès la veille son plande campagne en tête?
A midi on pouvait lire sur tous les murs de la ville un avis ainsi conçu :
AVIS.
« Le directeur de la troupe dramatique qui a l’honneur de donner des représen-« tâtions en cette ville, avec la permission des autorités constituées, s’est vu à re-« gret soupçonné d’avoir voulu tromper un public qui lui a jusqu’ici prodigué des« marques de sa bienveillance. Il n’en est rien. Si quelqu’un est coupable, c’est'( l’imprimeur, qui a oublié une ligne tout entière sur l’afliche d’hier. Nous réta-« blissons le commencement de cette affiche tel qu’il aurait dû être imprimé :
Première Ile présentât ion
M. NARCISSE, ÉLÈVE DE (ceci est la ligne oubliée)
M. SAMSON,
PREMIER COMIQUE DE LA COMEDIE FRANÇAISE.
Ce tour a, depuis, été si souvent répété en province, qu’on s’y délie beaucoup desacteurs de Paris en tournée. L’afliche a beau parler, le public ne veut jamais croirede prime abord que l’acteur annoncé soit véritablement lui-même. Aussi sa pre-mière représentation est-elle rarement fructueuse ; elle a lieu en présence de quel-ques curieux émérites, de quelques amis fanatiques de l’art. Ce n’est que lorsqueceux-ci ont affirmé sur l’honneur à leurs voisins et amis que l’acteur annoncé estbien ou M. Ligier, ou M. Bocage, ou M. Monrose, ou M. Bouffé , que la masse dupublic se décide à apporter son argent au bureau.
A quarante ans, Alcindor commence à se lasser de cette vie de lutte et d’aven-ture qui ne va bien qu’à la jeunesse ; l’ambition lui est venue avec l’âge. Il estcomme le vieux capitaine de régiment, qui veut devenir commandant de place;