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Province. Tome premier.
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LE COMÉDIEN DE PROVINCE.

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comme le courrier de cabinet, qui aspire à une sinécure dans les bureaux duministère des affaires étrangères; il sollicite un engagement de grande ville, afinde ne plus être sans cesse par voies et par chemins.

On l’envoie d’abord à Rouen. — A Rouen , deux commis de banque, maîtrescabaleurs du parterre, trouvent plaisant de jouer entre eux sa réussite ou sa cliuleen une parlie de dominos. Aicindor a si souvent le double-six contre lui, qu’il estsifflé a outrance, et obligé de quitter la ville.

A Marseille , il éprouve le même sort, parce qu’il a plu a une danseuse du corpsde ballet, et que les matadors de l’orchestre prétendent au monopole des faveurs deces dames.

Il tombe encore il Nantes , parce que la loge infernale lui trouve le nez trop court ;à Lille , parce que les habitués lui trouvent le nez trop long.

A Rordeaux, on le repousse, parce qu’il n’a pas été bien accueilli par Rouen , etque la cité gasconne ne peut pas faire fête des restes de la cité normande. Au Havre ,on le siffle, parce qu’il n’est pas resté à Bordeaux .

Enfin il a le bonheur de réussir à Lyon , et la il vit quelques années d’une vieassez calme et assez monotone, travaillant peu, gagnant facilement son argent, ledépensant de même, jouissant du présent, comptant sur l’avenir, et n’ayant d’autresouci que celui de se maintenir en bonne humeur et en belle santé.

Mais tout comédien de province éprouve au moins une fois en sa vie le désirde débuter sur un théâtre de la capitale. Aicindor subit la loi commune. Grâce àla protection d’un acteur de Paris , qu’il a secondé avec zèle dans l’une de ses tour-nées départementales, il obtient la faveur de paraître devant un parterre de la capi-tale. — Hélas! nous ne le savons que trop ! nous n’en avons eu que trop de preuves !les expériences de ce genre sont rarement heureuses ! L’acteur de province et lepublic de Paris sont mal a l’aise vis-à-vis l’un de l’autre; leurs humeurs ne s’ac-cordent pas. L’un se plaît aux grands gestes, aux éclats de voix et à toutes les exa-gérations qui visent à l’effet; l’autre aime un jeu discrel et contenu. L’un est tou-jours sur des échasses ; l’autre veut du naturel et du terre à terre. L’un n’a pasl'habitude d’étudier ses personnages, tant son parterre de Nanles ou de Bordeaux luidemande souvent du nouveau, et lui lient ferme l’épée dans les reins; l’autren’applaudit que les créations bien méditées, bien posées, bien consciencieuses. Lepublic de Paris aime à former ses acleurs lui-même; ceux qu’il a le plus choyés,ceux qui ont brillé du talent le plus vif, sont ceux dont il avait pris soin dès leurentrée au Ihéâfre, qui étaient sortis de ses mains, et qu’il avait façonnés à seshabitudes et à ses goûts.

Aicindor est obligé de retourner à Lyon ; mais Lyon ne lui pardonne pas de l’avoirquitté pour Paris , et cette retraite lui est fermée. Alors il faut qu’il descende d’undegré, qu’il s’engage de nouveau dans les troupes ambulantes, et qu’il reprenne savie errante d’autrefois. Mais pour supporter la misère, il n’a plus la gaiété, l’en-train, les forces de ses vingt ans; sa main tremble et son dos est voûté; l’âge aamené les réflexions tristes et l’humeur quinteuse ; son amour-propre est plus facileà blesser que jamais, et cependant son amour-propre n’a plus où s’appuyer. Il vil

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