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Province. Tome premier.
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LE MlNEUli.

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étouffante que produit l’incendie 1 spontané de la houille, alors que les pyrites sedécomposent et l’enflamment;

5° Les éboulemenls, qui résultent soit de la vétusté des étais, soit de la fria-bilité du terrain ;

4° Les inondations, que l’on doit craindre toutes les fois que l’on travaille dans levoisinage des rivières ou d’anciens travaux abandonnés ;

5° La respiration des vapeurs arsenicales ou mercurielles dans les exploitationsoù se rencontrent le mercure et l’arsenic ;

6° Le saut de la mine, lorsque l’instrument qui sert de bourroir fait jaillir dusilex une simple étincelle qui enflamme la poudre avant qu’on ait le temps de fuir;

7° Les chutes : soit la chute du haut des échelles, assez commune à ceux qui ontune grande confiance dans leur habitude de les escalader ; soit par le déchirementdes câbles destinés a la circulation des bennes, lorsqu’ils sont vieux ou gelés surleurs bobines; soit encore par l’imprudence du machiniste qui, loin d’arrêter àtemps la machine, laisse passer la benne par-dessus la poulie, et précipite dans lepuits les malheureux qui viennent d’en remonter;

8° Enfin les rhumatismes et les tremblements nerveux causés par les eaux fer-rugineuses et croupies dans lesquelles ils marchent pieds nus, et souvent mêmestationnent jusqu’à la ceinture pendant plusieurs heures de suite pour la manœuvreet la réparation des pompes. Dans bien des professions, l’ouvrier a la mort en per-spective, mais le mineur, comme vous le voyez, en a à la fois tous les genres ettoutes les variantes.

Eh bien ! entouré de ces mille morts dont l’idée seule est capable de faire trem-bler, le mineur reste impassible et attend insoucieusement son sort, sort qui d’ail-leurs ne le surprend jamais. Oui, il est indifférent là où frémirait un vieux gro-gnard, tant il a l’habitude de périls contre lesquels la lutte, heureuse parfois, estnéanmoins toujours douteuse. Il faut croire que le courage lui est inoculé par cettehabitude, ou plutôt que cette habitude et cette indifférence dans le danger ne sontautre chose chez lui que la continuité du courage. Il fait même mieux que de resterimpassible : qu’un camarade reçoive, comme il dit, une anicroche: s’il fait minede vouloir renoncer à sa carrière, il va faire pleuvoir sur lui les plaisanteries et lesquolibets : « En v’ià-t-il un de feignant! parce qu’i se tue, i ne veut pus travail-ler !—Pardi ! on te fera des mines de coton, va ! — Voudrais-tu pas qu’on dise augrisou de se déranger pour toi ! Connaît pas, le grisou! —Un bêla qui trouve que

1 Nous avons parcouru une galerie pratiquée entre deux niasses de houille en combustion ; c'était, à talettre, marcher entre deux feux. Les bols qui servaient d'appuis, étaient tellement chauds, qu'on ne pouvaiten approcher les mains; les gerçures des parois nous soufflaient des lames de chaleur asphyxiantes; latempérature était à plus de i'j degrés. Comme je tue plaignais du peu de fraicheur de l'air que nous respi-rions : # lïah ! c'est de l'air très-respirable, répond l’ingénieur qui nous conduisait; je me trouvais ici nnjour que mon thermomètre marquait 70 degrés, et je n'en suis pas mort. » 70 degrés de chaleur, et y cas-ser du charbon toute la journée! entendez-vous bien cela? — Il y a des mines qui sont depuis des tren-taines d’années dans un pareil état de combustion. L'incendie marche lentement, maison ne l'éteint qu'enattirant et précipitant sur lui les eaux d'une rivière voisine.