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LE MINEUR.
agite le câble, et là voila près de la main de l'impatient ouvrier, qui se hausse surses pieds et l’atteint. 11 s’y cramponne et pèse de tout son poids pour l’attirer àlui ; le câble ne glissait plus, la benne résiste. Etonné, l’ouvrier fait de plus vigou-reux efforts; mais la benne oscille, un mouvement de rotation se fait sentir: elleremonte d’un demi-tour de poulie. Le mineur allonge le bras pour ne pas la lâcher,mais un nouveau demi-tour la remonte encore; les pieds de l’ouvrier ne touchentplus le plancher. Cette longue suspension l’inquiète : il regarde en bas de lui pourquitter la benne et sauter... le malheureux! Le câble, je ne sais pourquoi, retour-nait et le remontait, et il était déjà trop élevé pour ne pas hésiter avant de sauter.Hésiter, c’était monter encore, et il montait toujours, pendu par un bras a la poi-gnée de la benne. 11 commence â crier, mais sa voix est étouffée par l’objet quil’enlève; on ne l’entend ni ne le voit. Une ascension de ce puits dure à peu prèstrois ou quatre minutes. L’instinct de la conservation lui donne des forces; il serrefrénétiquement la poignée, et frissonne en voyant combien les pierres du mur dis-paraissent lentement sous lui: le vertige le saisit; ce n’est plus qu’une contractionmachinale qui le soutient; des étincelles passent devant ses yeux... Mais l’obscuritédu puits se dissipe; quelques tours encore, et son courage l’aura sauvé. Le voilàqui touche à l'orifice, ses camarades l’aperçoivent. « Un homme! un homme! semettent-ils à crier; un homme sous la benne!... —Où donc? reprennent ceux quisont accourus, qui regardent la benne au-dessus du puits, et qui ne voient pasd’homme; où donc? — Il vient de tomber! ! ! » s’écrient-ils avec effroi. Le malheu-reux n’avait pas eu la force d’attendre deux secondes de plus... Ou le trouva àcheval sur la benne du bas, tué net, le cou, la cuisse et le bras cassés. Le puits adeux cent cinquante pieds. — Pour faire la contre-partie de ces malheurs, il arriverad’autres fois qu’un mineur tombera presque d’aussi haut sans se faire de mal, ouque la poudre, comme cela est arrivé à Alais, je crois, renversera tout autour delui et le laissera intact au milieu de l’explosion. Le hasard s’amuse parfois à faire dela clémence.
Un tableau digne du pinceau d’un Rembrandt , et que peut voir tous les jours celuiqui vit dans les exploitations de charbon, est celui d’un groupe démineurs réunis surle puits de la mine, autour d’un bon feu de houille: les uns sortant de l’atelier sou-terrain, et contrastant par la noirceur de leur peau avec le teint blanc de ceux qmse disposent à descendre, et parmi ces derniers les mineurs à poudre , faciles à re-connaître aux points bleus qui tachètent leur visage ; les autres étendus nonchalam-ment sur une planche où ils ronflent comme à la tâche; par ici, un ancien, l’oraclede l’endroit, devisant sur les difficultés du travail ; par là, des gamins jouant auxcartes, et tous gais et peu soucieux d’une catastrophe qui, dans une heure peut-être, viendra les supprimer de la liste des travailleurs, et préparer la place à d’au-tres , qui ne descendront pas moins le lendemain, non sans s’être mis toutefoissous la protection machinale d’un signe de croix, presque partout en usage.
Le soir aussi l’on aime à voir, sur le flanc des montagnes, monter et descendre,aller et venir, se croiser dans tous les sens, comme autant d’étoiles mobiles , leslumières scintillantes des lampes lenticulaires, oscillant aux mains des ouvriers