LE carde-cote.
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du littoral, chargés de la garde des côtes et du service des batteries de terre, cesrégiments, composés d’hommes aguerris, mais sur le patriotisme desquels la répu-blique semblait avoir des doutes, furent remplacés par la garde nationale dont lecivisme, le zèle et le courage produisirent de merveilleux effets. Quoi qu’il en soit,une loi, du 9 septembre 1799, nous rendit les gardes-côtes, que la restauration li-cencia en 1814, comme pour les punir d’avoir trop bien défendu notre littoralcontre l’invasion étrangère et la contrebande anglaise ; mais tout n’était pas finientre l’empire et la restauration. La première pensée de l’empereur, 'a son retourde l’île d’Elbe , fut de réorganiser ces corps d’élite, frontières vivantes, muraillesinébranlables, pétries de sang et de fer, qui rendirent si formidables alors la dé-fense de nos côtes. Le 14 août 1815, une ordonnance royale rapportait le décretimpérial du 15 avril précédent.
Si ce qui précède n’était de l’histoire, et de l’histoire contemporaine, qui vou-drait, y croire? En moins de quatorze mois, supprimés, rétablis, supprimés denouveau, commentées vaillants défenseurs de nos frontières maritimes n’auraient-ils pas délesté le pouvoir nouveau qui venait briser leur existence ?
Pourtant il fallait vivre ; l’empire ne les avait point enrichis. Mais sous l’empire,le bruit du canon, l’odeur de la poudre, et, par-dessus tout, la haine contre les An-glais , trois choses qui ne leur avaient jamais fait défaut, pouvaient au besoin leurtenir lieu de tout. Maintenant qu’allaient-ils devenir? Libres, indépendants, parcaractère et par position, grondeurs parfois, à la façon des vieux grenadiers de lagarde, servir sous un drapeau qui n’avait point leurs sympathies, ne pouvait leurconvenir. D’ailleurs, a demi marins et presque soldats, il leur fallait a eux quiavaient vieilli sur les dunes, au bord des rochers, an sommet des falaises, il leurfallait la mer et son vaste horizon, le murmure des flots pendant le calme, leursfougueux emportements pendant la tempête, il leur fallait le cri de la mouette et dugoëlan, la fumée du toit paternel, le foyer de la famille, et peut-être aussi cettegénéreuse odeur de sel marin qui rafraîchi t la poitrine, comme si on l’ouvrait à la brise.
Cependant il fallut prendre un parti : peu de carrières étaient ouvertes, le choixne pouvait être ni long ni difficile. Le service de la douane active se réorganisaitde tous côtés ; là il n’y avait aucune chance de déplacement a courir, on restait auprès de sa femme et de ses enfants en bas âge; on avait le frac vert et le shakofleurdelisé, mais aussi on avait la mer devant soi, et peut-être, qui sait? la guerreavec l’Angleterre en perspective.
Ces raisons, ou d’autres qui les valent, entraînèrent le plus grand nombre. Quel-ques-uns reprirent du service dans l’armée de terre, d’autres rentrèrent dans la viecivile, et devinrent pêcheurs ou contrebandiers, par amour du sol où ils avaientvécu. Aujourd’hui le souvenir même de ces brillantes compagnies de grenadiers etde canonniers gardes-côtes a complètement disparu.
Chose étrange pourtant, l’institution n’existe plus, et le nom nous est resté. Ni larépublique ombrageuse, ni la restauration, si facile avec l’étranger, ni les glorieuxrevers de l’empire, rien n’a pu effacer ce nom de la mémoire du peuple, qui l’ac-cepte sans le comprendre.