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Province. Tome premier.
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l.E GARDE-COTE.

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Et maintenant que vous connaissez l’origine de cet homme, regardez-le. A sonfrac vert, à cette large casquette verte aussi, et qui a remplacé pour lui seul le shakotraditionnel; a ce sabre inoffensif, inutile ornement, défense insuffisante ; a sa dé-marche lente et mesurée, a son regard vif et perçant, a je ne sais quel impercepti-ble mouvement des paupières qui dénote un œil accoutumé aux vasles perspectives,a tout cela vous reconnaîtrez sans peine, lors même que vous ne l’eussiez jamaisvu, celui que les matelots de nos ports ont surnommé : Gabelou, Grippe-Jésus,Qu'as-lu-là; celui que toutes nos populations maritimes chargent chaque jour d’a-nathèmes et de malédictions, le soldat du lise, sorte de gendarme commercial,que nous eussions nommé tout d’abord de son véritable nom, le douanier, sicelui-ci, le garde-côte, ne lui convenait mieux.

Jusqu’au jour où la grande et saiute utopie de l’association des peuples se réali-sera complètement et franchement, jusqu’à ce que la liberté du commerce soit pro-clamée et reconnue dans le monde entier, cet homme obscur, oublié, perdu, isolésur quelque rocher sauvage, sera pourtant le grand pivot de notre richesse commer-ciale ; car cet homme, ne l’oubliez pas, représente la loi.

Gomme le gendarme, avec lequel il a, du reste, plus d’un point de ressemblance,le garde-côte est, nous l’avons dit, généralement détesté par les populations quil’environnent; mais ce n’est pas l’homme qu’on déteste en lui, c’est la consigneet l’uniforme, l’uniforme surtout. Cela est si vrai, que, sur certaines parties du lit-toral breton, nous avons vu retarder de plusieurs jours la célébration d’un mariagepréparé de longue main, par cette seule raison que la jeune fiancée n’eût point osétraverser le village et se rendre pompeusement à l’église au bras d’un habit vert.Dans certaines localités, la susceptibilité est poussée plus loin encore : sur les Salins,par exemple, on trouverait difficilement une fille assez hardie, voire même uneveuve, assez abandonnée de Dieu et des hommes, pour épouser ce paria, condamnéà vivre dans un perpétuel célibat, ou à prendre femme dans quelque bourgadeéloignée.

La cause de cette aversion qui se trahit à chaque instant et de toute manière,tantôt en sobriquets jetés au passage, en chansons et en quolibets, tantôt aussi envoies de fait, en guet-apens, en assassinats, gît tout entière dans les fonctions qu’ilremplit.

Doux et débonnaire en apparence, le garde-côte, le vrai, le type, celui que nousvoyons, en un mot, est d’une rigidité inflexible sur le chapitre de ses devoirs ; ilne connaît que sa consigne, et, disons-le en passant, il n’y a rien d’étonnant à cela;sa consigne est toujours la même. Elle peut se résumer ainsi : Ne laisser à la con-trebande que la mer pour refuge ; s’opposer au débarquement de tout ce qui n’estpas sous la protection de la loi. Garder nos côtes au péril de sa vie, et défendre lapatrie contre une invasion d’un nouveau genre, l’invasion des fraudeurs.

Quel rôle vous semble plus beau que celui-là, quelles fonctions exigent plus dedélicatesse et d'abnégation?

Toujours sur pied, prêt à toute heure, ne reculant devant aucun danger, accou-tumé à la fatigue, bravant la mort sous quelque forme qu’elle se présente, le garde-