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Province. Tome premier.
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LE GARDE-COTE.

côte trouve dans les difficultés mêmes de sa position je ne sais quel charme mystérieuxet connu de lui seul. Soit que nous le prenions sur les plages dorées que baigne laMéditerranée, soit que nous allions l’étudier et le peindre sur les rocs sauvages dela Bretagne , au milieu des félidés émanations des marais, ou perdu dans les sablesmouvants, nous le retrouvons toujours le même au fond, quoique différent cepen-dant de forme et de langage. L’habituelle solitude dans laquelle il vit, l’immensitéde la mer et du ciel, spectacle imposant qui se déroule incessamment devant sesyeux, développent naturellement en lui le sentiment poétique et donnent à sonesprit une tournure grave et mélancolique. A mesure que l’on remonte vers le nord,cette observation devient plus sensible. Il n’est pas rare de rencontrer dans un postede gardes-côtes bretons, h l’heure où la nuit se fait le plus noire, tandis que le vent,s’engouffrant sous la toiture de chaume qui leur sert d’abri, fait danser autour d’euxdes ombres fantastiques ; il n’est pas rare, dis-je, de trouver la, parmi ces hommescirculairemenl assis autour d’un feu de tourbe ou de goémon, des conteurs pleins deverve, dont les merveilleuses et poétiques légendes m’ont plus d’une fois rappelé lesrécits capricieux du fantastique Hoffmann.

Loin de Paris , à mille lieues du passage de l’Opéra et du foyer de l’Académieroyale de musique, il existe, au bord de l’Océan, une langue de terre avancée,connue sous le nom de la pointe de Saint-Gildas. C’est la que je veux vous conduire.

Toujours exposé à la tourmente, ce sol aride et nu n’offre à l’œil étonné nulvestige de végétation; l’herbe même n’y peut attacher ses racines, et la mousse n’ycroît pas. Les tourbillons, et les rafales d'un vent impétueux auquel rien ne ré-siste, ont balayé depuis longtemps l’humble hutte de terre qui servait autrefois derefuge au garde-côte ; le voilà donc, sans abri, seul, ballotté par l’ouragan qui me-nace a chaque instant de l’emporter et de l’engloutir. Réduit parfois à se jeter àterre, à s’attacher au sol, à ramper sur les genoux et sur les mains pour donnermoins de prise à cet ennemi d’un nouveau genre, qui n’est certes pas le moins ter-rible et le moins redouté, eh bien, malgré tous ces obstacles, malgré ce danger in-cessant, sentinelle avancée, il restera fidèle à sa consigne. Ne sait-il pas d’ailleursque les nuits les plus noires et les plus furieuses tempêtes ont de tout temps étépropices aux coupables entreprises des contrebandiers?

Par une brumeuse soirée de novembre, un petit détachement de gardes-côtesqui parcourait le littoral, posant et relevant des hommes de garde, s’en revenaitgaiement au poste, lorsqu’à quelques portées de fusil seulement de cette redoutablepointe de Saint-Gildas dont nous venons de parler, le brigadier commandant lajoyeuse troupe s’arrêta court au milieu du chemin. Tous s’arrêtèrent spontanément,et chacun prêta attentivement l’oreille :

« N’avez-vous rien entendu? demanda le brigadier, après quelques instants desilence.

— Si fait, parbleu, dit le loustic de la troupe, j’ai parfaitement entendu le ventde mer, il y a deux heures qu’il mt souffle dans les oreilles.

— Chien de temps ! dit un autre, il vente à décorner un bœuf ; je plains ceuxqui sont de Panlhière à l’heure qu’il est.