ôtil LU BOHEMIEN.
porte, après toul, que les Boliéniiens soient des mameluks, les derniers d'entre ceuxqui défendirent l’Égypte contre le sultan Sélim, en 1517, ou, plus probablement, demisérables Indiens de la classe la plus intime du peuple, chassés de l’Indoustan parl’invasion de Timur-Bee, vers I 408 ou 1109 ? Ce qu’il nous suffit desavoir, c’est qu’ilsexistent, et qu’ils existeront longtemps encore, sinon toujours. La Bohême est un faitaccompli, et l’on sait quelle puissance on attribue, dans le temps oh nous sommes,aux faits accomplis. Ce n’est donc plus le cas de discuter. Racontons et examinons.
lin 1427, le 17 août, les habitants de la bonne ville de Paris furent fort étonnés derencontrer a leurs portes douze individus qui parlaient entre eux un langage que nulne comprenait. Ces douze personnages, parmi lesquels on comptait un duc et uncomte, traînaient à leur suite cent vingt misérables, hommes, femmes et enfants,comme il ne s’en était jamais vu dans le pays. Les hommes avaient le teint bronzé,les cheveux crêpés et noirs, les allures sauvages; les femmes portaient aux oreillesdes boucles d’argent; les enfanls marchaient presque nus. Comme ils avaient enroute appris quelque peu du langage français , ils parvinrent a se faire comprendre,et leur duc raconta qu’ils étaient de pauvres pénanciers chassés de la basse Egypte par les Sarrasins, et que, s’élant rendus à Home, le pape leur avait enjoint pourpénitence d’errer pendant sept ans par le monde sans coucher sur aucun lit.
Les chefs et leur suile furent logés it la Chapelle, où une grande foule de peuplevint les visiter. L’étrangeté de leur histoire, de leur langage, de leur ligure, de leurscostumes, attirait autour de leur asile un grand concours de gens désœuvrés elcurieux. Les femmes, qui étaient laides, disaient la bonne aventure et prédisaientl’avenir en consultant les traits du visage, et surtout les lignes de la main; les hom-mes mendiaient et volaient. Cependant le clergé de Paris s’émut de la présence deces étrangers dont l’orthodoxie en matière de religion ne lui était pas démontrée.Bientôt même la rumeur publique les accusa de sortilèges et de maléfices, et l’é-vêque, voulant enfin délivrer son peuple de vagabonds qui avaient la peau noire etles coutumes barbares des idolâtres, les contraignit de quitter le toit hospitalier dela Chapelle et le territoire de Paris . Pour mieux écarter des Égyptiens celles de sesouailles que l’attrait de l’inconnu et du merveilleux pouvait conduire sur leurs pas,il excommunia les Parisiens crédules qui les avaient consultés.
Les douze pénanciers s’éloignèrent avec leur tribu de mendiants; mais d’autresarrivèrent successivement; leurs bandes errantes se succédèrent bientôt en plusgrand nombre, et depuis lors, quelle que fût la rigueur des lois qui les proscrivirent,les Bohémiens ne cessèrent pas un jour de fouler le sol français .
Voila quatre siècles et plus que les premiers d’entre eux ont passé le Rhin et lesAlpes; déjà leurs frères s’étaient montrés en Allemagne, en Italie, en Suisse , depuisplusieurs années. Les persécutions n’ont pu éteindre leur race, et ils se sont multi-pliés comme ces plantes parasites que la charrue coupe quelquefois, mais qu’ellene détruit jamais. Maintenant on les rencontre à peu près dans toute l’Europe , etplusieurs milliers se promènent en France , errant à l’aventure, attendant qu'ilplaise à Dieu de leur envoyer leur pain quotidien, comme il donne la pâture auxpetits des oiseaux.