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Province. Tome premier.
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LE BOUE MIE IV

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l.iiissons-les dune vivre en Russie, attachés en qualité de serfs à la glèbe du sei-gneur, et dans les provinces qu’arrose le Danube, en Hongrie, en Transylvanie , enValaehie, occupés à laver le sable des rivières pour en tirer des parcelles d’or : mi-sérables orpailleurs qui obéissent a des waywodes presque aussi misérables qu’eux ;laissons tous ceux enfin qui, au nombre de plus de sept ou huit cent mille indivi-dus, pétrissent l’Europe sous leurs pieds des monts Oural aux colonnes d’Hercule, etne nous occupons que des Bohémiens qui habitent la France , si l’on peut dire qu’unBohémien habite quelque part.

C’est particulièrement dans le midi qu’on les rencontre, le long des Pyrénées surtout. Il en existe cependant un petit nombre en Alsace et en Lorraine ; mais,pour étudier leurs mœurs en s’attachant aux troupes nombreuses et non aux indi-vidus isolés, c’est dans les plaines verdoyantes du Languedoc , sur les coteaux duRoussillon, qu’il faut aller. C’est laque le Bohémien se présente aux regards del’observateur dans tout le pittoresque vagabondage de son existence paresseuse, danstoute l’indépendance de son isolement. Suivez donc avec nous les roules poudreusesîle ces départements lointains dont la mer baigne le sable argenté, et nous ne mar-cherons pas longtemps sans rencontrer une halte de Bohémiens.

Il est midi : le soleil (lamboie dans le ciel tout rayonnant de lumière ; les insectesbourdonnent sous le feuillage des méliziers, la brise nonchalante arrache à peineun murmure aux branches harmonieuses des pins ; le berger dort au pied d’unehaie; la cigale chante sur le buisson ; le troupeau est couché par terre, dans l’herbe ;l'a-bas, au pied de la colline, un village dresse son clocher blanc entre les peupliersverts ; la route est déserte. Tout à coup voilà un tourbillon de poussière qui s’élève,approche, grandit. Des cris étranges percent le voile blanchâtre qui roule sur lechemin : c’est un bruit discordant où le rire éclate au milieu des chansons, oit lebeuglement des animaux se mêle aux pleurs des enfants. Certainement c’est unetroupe de Bohémiens qui passe. Si un coup de vent se rue de l’horizon, le nuagecrève; si la troupe s’arrête, le nuage s’abat; approchez-vous alors et regardez.

C’est un pêle-mêle étrange, hideux quelquefois, mais pittoresque toujours, d’hom-mes en guenilles, drapés de manteaux troués, coiffés de longs bonnets rouges, piedsnus la plupart; de femmes couvertes de loques informes où brillent de petits mor-ceaux de verroterie et de métal, " grotesque sur de misérables habits; des

enfants il demi nus, entassés sur des ânes ou pendus aux seins de leurs mères; untroupeau hennissant de chevaux, d’ânes, de mulets ; de pauvres botes chargées debagages qui n’ont d’appellations dans aucune langue; d’horribles vieilles qui se traî-nent en criant comme des bandes d’oies sauvages ; des vieillards qui mâchent unmorceau de tabac, tandis que leurs yeux étincellent sous des sourcils épais et gri-sonnants.

Le chef, celui qui paraît en tête, monté sur un cheval harnaché de plumes écla-tantes et de brimborions reluisants, s’est arrêté; il a regardé autour de lui ; un ter-rain inculte, couvert de genêts et de broussailles, s’étend aux côtés de la route ; ill’a montré du doigt à sa troupe et saute à bas de cheval. Les Bohémiens vont fairehalte.