Band 
Province. Tome premier.
Seite
380
JPEG-Download
 

5*0 LE IIEDACÏE II! EN Cil EK D'UN JOIJHNAI. DK IMIOYINCK

Les fondateurs ( sic ) d’un journal de province consistent dans une dizained'individus, lesquels ( sauf celui-là d’entre eux chargé de verser le cautionnementa la caisse de l’Etat, personnage désintéressé de toutes les taquineries par l’in-térêt même qu’il porte à la meilleure direction de l’entreprise) s’arrangent toujoursde façon à ne rien y niellre, en se réservant de ne parler que de leurs sacrifices.Moins ils en ont fait, plus ils y tiennent. Je vous donne en ceci leur pierre de touche.

Jetons un coup d’œil sur le canevas de celle lanterne magique.

Magistrats en divorce avec la simarre; — avocats qui ne se souviennent plus deleur droit ; — gens de lettres futurs dont le portefeuille est gros de projets ; — pro-fesseurs que l’on n’admettrait pas dans leur collège en septième ; — gentilshommesdont la noblesse remonte à l’institution de la caisse d’épargne; — employés qui sedisent mystérieusement qu’un journal serait peut-être un moyeu désespéré d’obtenirenlin le respect de leurs supérieurs; — voilà, sauf double emploi dans les carac-tères, le personnel de ces comités.

L’honnête garçon se trouve abasourdi par le premier choc. On avait probable-ment, besoin d’un rédacteur en chef, puisqu’on l’a prié de venir !... Pure illusion desou petit orgueil ! Les fondateurs n’ont besoin de personne; ils se chargeront de luimontrer ce qu’il était venu pour leur apprendre. Dans sa candeur, il venait pouiêtre rédacteur en chef; il se trouvera tout à coup rédacteur en queue ! Il s’imaginaitque les fondateurs se tiendraient au poste que leur assigne une étymologie cavalière;on lui grimpe sur le dos de lotîtes parts I

Mais tout cela, c’est pour son bien, comme vous allez le voir.

D’abord, il ne connaît pas la province ; par conséquent, il a besoin, pour êtremis au fait, de passer sous la toise banale de la localité !...

C’est à se croire dans une horde sauvage, au milieu des forêts du Nouveau-Monde. Un instant, je vous prie ! Qui pourrait le mettre au fait des bizarreries dulieu, si ce ne sont les gens du lieu ? Cette considération a quelque chose d’étourdis-sant. On le conjure de ne pas réveiller l’abonné qui dort, de ménager l’idée, de nela servir qu’à petites doses, d’en garder pour la semaine d’ensuite. On ne sait pascombien les abonnés sont bêtes dans l’estime des fondateurs de journaux de pro-vince ; le rédacteur en chef ne peut se soustraire à cette conviction en écoulant cesmessieurs !...

N’est-il pas clair, en effet ( tenez-vous sur vos gardes, parce que je vais me mo-quer de vous), que les journaux de province ont tous quelque chose de profondément tranché dans leur rédaction, qu’une physionomie vraiment particulière lesdistingue les uns des autres ; qu’ils révèlent chaque jour, au prolit de l’édificationfrançaise, une connaissance très-caractéristique des mœurs dont ils ont le speclacleà leurs points de vue divers?

Ceux qui trouvent les journaux de province plus plagiaires qu’originaux et d’unedésespérante uniformité, feront à merveille de s’armer à ce sujet d une loupe, oude consulter sur ce chapitre délicat les fondateurs émérites de journaux.

Une réflexion cependant. — déduction de province à part, les gensconservé cà el là plusieurs (rails originaux de leur caractère primitif. Les fileurs