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Province. Tome premier.
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Ml KEDACTEUK liiN CHEF D’UN JOUItNAL DE PKOVINOË. 5SI

louennais, les tisseurs de Saint-Quentin, les carriers de Fontainebleau , les paludiersbretons, les canuts de Lyon , restent des types. Or, les journaux ne pénètrent guèredans ces catégories ! et, franchement, rien ne ressemble au Parisien pur sang commele provincial qui peut débourser vingt francs pour se donner la distraction de lireune feuille publique! Mais comme nos spéculateurs’, la veille encore, étaient dansles rangs de l’abonné, et qu’ils en sortent avec le projet de s’en procurer à leurtour, ils mesurent volontiers la portée d’esprit du commun des martyrs a l’étenduede leur propre génie ; et, n’espérant conserver de clientèle que dans le cercle desmartyrs auxquels il leur sera loisible de tenir habituellement le pistolet sur lagorge, à litre de ressource, ils dirigent un regard friand vers les annonces, et mé-ditent le pillage de l’industrie. Voilà le mystère.

Quel rapport, me demanderez-vous, l’annonce a-t-elle avec les opinions et les .croyances ?

Pas le moindre.

Mais lorsqu’on ne se sent pas de racines dans l’esprit de la multitude, on jette sonancre où l’on peul. On vous a promis des idées ; ou vous envoie des petites afliches.

C’était bien la peine d’aller chercher un rédacteur en chef à Paris I

tout le profit que notre homme en retire pour son éducation particulière, c’estd’apprendre comment on se laisse choir dans un guet-apens. Heureux qu’ilest encore, à travers ses tribulations, en dehors de celte atmosphère oxydée parl’infecte puanteur du cuivre, de rencontrer largement, en grand nombre, des affec-tions sincères parmi les gens de l’église ou du siècle, et de faire palpiter de jeunesaines avec des idées loyales et généreuses, qui fleuriront et jetteront leurs parfumsdans la vie avant que les journaux en aient mis la graine en circulation.

Le rédacteur en chef, on doit le deviner d’avance, n’aura guère le loisir de se déployer dans son journal. Les fondateurs sont là, s’accoudant sur son âme comme descauchemars, par oisiveté, ne lui laissant pas le loisir delà respiration. Ils révisenttout, jusqu’aux virgules, prêts à mettre les membres de chaque phrase sur le che-valet provincial de leur syntaxe ; ils se relayent pour le relancer. Sur un texte arrêtéd’avance , on le presse entre vingt corrections qui se détruisent, toujours au derniermoment. Avec un frontmouillé d’orgueil et de joie, ils lui disent ne pas comprendre.L’évidence leur donne des éblouissements; ils y cherchent des énigmes. A l’occasionde la même chose : « Vous avez trop dé concision ! lui. dit l’un. — Ne délayez pastant, » lui dit l’autre; et chacun de tirer de sa poche la lettre d’un abonné qui se; le principal, le premier de tous les abonnés! Tous les abonnés sont le pre-mier et le principal l’un après l’autre. Alors se déroule une comédie que le rédac-teur en chef prend d’abord au sérieux. On se rassemble sous prétexte de lui taillerles morceaux, à condition qu’il en fournira la substance réelle, car les membres ducomité sont plus habiles à se prononcer sur ce que l’on ne fera pas, qu’à se décidersur ce qu’il faudra faire. On métamorphose le malheureux rédacteur en cheval à huitou dix brides, en tambour de basque à tout autant de mains. On le charge d’inepties,on le brûle d’impatience à faire éclater un canon. Un de ces messieurs, véritable Can-dide, par affection pure, lui réglera la charte de son temps, avec les heures du lever