LES OLYRIERS Dl K ER.
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rendre ductile et tenace, la transformer en fer, on la transporte il la forge. Là.quand le marleleur a préparé les feux, les forgerons et leurs gars, retroussant lesmanches de leurs grosses chemises, travaillent le métal sans relâche pendant desheures entières, se relayant les uns les autres quand leurs forces sont près de s’é-puiser. Dès que le fer est pris, il faut le retirer des flammes avec de longues te-nailles, le porter sur l'enclume, l’exposer aux coups d’un pesant marteau qu’unechute d’eau met en mouvement, le cingler jusqu’à ce qu’il soit froid, le replacerdans le foyer étincelant. Est-il un supplice plus terrible que ce métier-là ?
Tel quel, le forgeron le trouve sublime. Il l’apprend à ses enfants dès qu'ils ouiatteint l’âge de huit ans, et ne saurait soulfrir un apprenti qui ne serait pas tils etpetit-fils de forgeron. Ainsi que le mouleur, il erre d’usines en usines, tantôt de sonpropre mouvement, tantôt congédié par le maître de forges, qui doit l’avertir sixmois d’avance. Ses bénélices sont de 56 francs par mois comme marteleur, de1 2 francs pour mille kilogrammes comme forgeron, et de I franc 25 c. à I franc 50 c.quand il remplit les fonctions subalternes de gars. Il jouit en outre d’un logementgratuit, a proximité de la forge, où, les soirs d’hiver, dans les établissements de se-cond ordre, les femmes des ouvriers viennent veiller, et mêler leurs chants, leursrires, leurs caquetages, au bruit du marteau qui tombe, au murmure de l’eau quibouillonne, au craquement du brasier qui pétille.
Le forgeron ne place jamais ses économies; mais sur ses vieux jours il achèteune maison et un terrain. Plus religieux que l’ouvrier des fonderies, il ne manquepoint la messe du dimanche. Ce jour-là, il se rase, se débarbouille, endosse uneveste de drap, substitue des bas et des souliers à ses guêtres de toile blanche et à sessabots, et se chamarre de bijoux, genre de parure que sa femme et lui affectionnentsingulièrement. Il croit aux revenants, à la magie, aux remèdes miraculeux; il estconvaincu que la plupart des marteleurs, si on osait les renvoyer de la forge, lapourraient bouleverser par leurs sortilèges. Il évite de se marier pendant le mois demai, il appréhende les joueurs de vielle et de musette, qui, dit-il, jettent des sortset nouent l'aiguitlette. On peut révoquer en doute leur pouvoir en voyant l’ac-croissement indéfini de sa postérité.
Saint Eloi , l’orfèvre évêque, est le patron des fondeurs et des forgerons. LeI er décembre, la noire population porte cérémonieusement un bouquet au proprié-taire, ou au régisseur qui le représente, et le pour boire reçu fait eu partie les fraisd’un banquet de Grands-gousiers, consommé à la suite d’une messe solennelle, oùchacun, à son tour annuel, offre le pain bénit.
A côté des ouvriers des fonderies et des forges se montre naturellement celui quitransporte le minerai et le charbon, le charretier de bâts; physionomie des plusextraordinaires, que fait peu à peu disparaître la multiplication des voies de trans-port. Croirait-on qu’en 1841, dans un pays oii chacun adhère à sa fonction commel’huître au rocher, où les tribus bohémiennes sont pourchassées par la gendarmerie,il existe des mortels qui, pareils au vieux Trappeur, reculant devant la civilisation,hantent la solitude des grands bois, dorment à l’abri des haies, avec les oiseaux duciel, et vivent presque exclusivement de maraude?