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Province. Tome premier.
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LES OUVRIERS I)L FER.

58!»

Tels sont cependant les charretiers de bâts, ainsi appelés parce que leurs chevauxont, au lieu de selle, un bât en bois, doublé de coussinets qui sont grossièrementrembourrés de paille ou de foin. Le harnachement de ces bêtes de somme est com-plété par une muselière en ficelle, que leur maître confectionne lui-même. D’avrilen novembre, nos industriels vagabonds parcourent les campagnes, vont offrir leursservices aux maîtres de forges, et entreprennent la conduite du charbon de bois, duminerai, du sable et du charnier. Ils reçoivent H fr. 20 c. a l fr. 50 c. par bannede six sacs de charbon, formant cent quatre-vingt-quatre pieds cubes. Ils s’enga-gent â transporter le tonneau de minerai de quatorze pieds cubes, moyennant unsalaire de I fr. 50 c. pour chaque lieue et demie. Ils colportent aussi du vin dansde grandes outres de forme ovoïde. Ils ont d’ordinaire un adjudant, un serviteurmisérable comme eux, qu’ils (raitenl fraternellement, et auquel ils abandonnent,outre une douzaine de francs par mois, le produit du travail d’un cheval. Intré-pides, sauvages, ne doutant de rien, ne croyant qu’aux meneurs de loups et â demiraculeuses recettes contre la fièvre, les charretiers de bâts sont redoutés des pro-priétaires, dans les prairies desquels ils fourragent audacieusement, et regardéscomme sorciers par la population des cantons ruraux. Si vous les rencontrez dansla campagne, vous les reconnaîtrez facilement. Leur front est abrité d’un immensechapeau orné de rubans noirs; une blouse de toile qui leur descend jusqu’aux ge-noux cache la noirceur d’une chemise endossée cinq semaines auparavant. Les basleur sont inconnus; les semelles de leurs souliers, épaisses de plusieurs milli-mètres, sont hérissées de clous monstrueux. Un long fouet en cuir natté, à manchecourt, est roulé en bandoulière autour de leur corps, et par intervalles, quandles ^Hu, Dia! et les Trom dé diou! sont insuffisants, ce redoutable instrumentde supplice s’allonge comme un serpent, s’élance, frappe, et revient à sa place.

Les rosses étiques, impassibles compagnes du charretier de bâts, ne sont pasmoins curieuses que lui-même. Il emprunte â un maître de forge généreux lasomme nécessaire à l’achat de ses chevaux, au nombre de douze à vingt-quatre.Ces maigres et chétifs animaux sont dressés à coups redoublés de fouet, de pierres,et de tortillon, morceau de bois dur et pointu qui n’est pas moins efficace qu’unéperon d’acier. Celui qui a l’honneur de porter le maître est ordinairement blanc,et se distingue par la sonnette, ou clairon, suspendu a son cou. L’éducation decette troupe ferait honneurà Franconi : elle porte sans broncher de lourdes pochettes' :elle suit d’un pas sûr les sentiers les plus escarpés ; elle obéit au signal du charretieravec la docilité d’un chien. Chaque cheval sait le nom qu’il a.reçu, Trompalou,Cascari, Brisquet, la Moisie, Cabari , et ne prend jamais pour lui l’apostrophe quine lui est pas adressée. S’il fléchit, s’il est sourd aux remontrances, s’il fait mine derenoncer à sa charge, le maître approche, le châtie en homme qui l’aime tendre-ment, et monte dessus pour compléter la correction. Après avoir déposé son char-gement sur la plale-forme du haut fourneau, le charretier de bâts s’en retourne,

1 Sat’s »!<■ toile d'un |»ie«l niho trois quarts, ronlonanl \v iniiitTui.