Band 
Province. Tome second.
Seite
16
JPEG-Download
 

i<;

LK PAYSAN 1)KS ENVIRONS l)K PARIS.

veux pas la faire plus mauvaise encore el t’en aller là-bas, devant les robes noires,lu vas donner 25 francs d’indemnité a Jacques Pilon!. et 5 francs pour boire augarde champêtre de la commune... Voilà.

— Mais, monsieur le maire...

— Oh! oh! oh ! le voleur... »

Jean Flotlard a prononcé... il n’y a pas d’appel : c’est une justice à la turque.

L’ouvrier n’a pas 50 francs sur lui ; quelquefois même le total de ses écouomies ne va pas jusque-là. Il l’avoue franchement, el offre le peu d’argent qu’il adans sa bourse et qui devait suffire aux besoins et aux plaisirs de sa famille pendanttoute la journée. Dès qu’on sait qu’il est pauvre, les clameurs redoublent.

« Il faut le conduire chez le commissaire de police! il faut le conduire chez lecommissaire de police ! »

Tel est le cri qui domine tous les autres.

l'ne escorte s’organise. On pousse toute la petite famille du côté du chef-lieude canton. Pendant la route on ne lui épargne pas les mauvais traitements. Lnlinla bande arrive chez le commissaire de police. La plupart du temps ce magistrat ré-duit l’affaire à sa juste valeur, et met l’ouvrier en liberté , en lui conseillant toutefoisde regagner la barrière au plus vile. Les paysans s’en vont un peu désappointés,mais ils n’en sont pas moins contents de leur journée, car ils ont vexé un Parisien.

Jean Flotlard est beau le jour de la fête de son village. Dès l’aurore il endossele bel habit bleu à queue de morue, et se coiffe de son c’ de soie. Il se rendvers le rond-point du bois pour donner un coup d’œil aux apprêts solennels; c’estlui qui indique aux marchands forains el aux saltimbanques lu place qu’ils doiventoccuper. Il hâte la construction du feu d’artifice, et fait dresser la tente pour ladanse. Il veut que les étrangers qui viendront à la fête prennent, au premier coupd’œil, une haute idée du village et de son administration municipale. — Les joulescommencent. — I.es garçons font une demi-lieue les yeux bandés et les pieds enfer-més dans un sac, pour gagner une épingle de trois livres dix sous. — Les jeunesfilles, placées sur une charrette qui tourne dans un espace donné, à l’imitation deschars des jeux olympiques, cherchent avec une petite canne à enfiler une bague decuivre qui est suspendue à un poteau, et à gagner ainsi une croix d’or, contrôlée etvérifiée à la Monnaie. — Assis à côté du maire, Jean Flotlard est juge des coups ; ildistribue les prix aux plus adroits et leur donne l’accolade de l’autorité. Puis ilassiste au tir au fusil et au tir à l'are, toujours revêtu de sa ceinture tricolore.Les gendarmes et les gardes champêtres le saluent, et les gamins de la commune lesuivent en criant : « Ohé ! est-il beau, le père Flotlard !» — A deux heures la nappeest mise. En qualité de chef de famille, Jean Flotlard a, pour la première et pour ladernière fois de l’année, invité tous ses parents à dîner. C’est le jour des gros.mor-eeaux et des grands coups. La table est chargée de volailles, de pâtés, d’énormesquartiers de viande, el le vin du crû fermente dans les brocs. — On prend placepêle-mêle, en riant, en se poussant. Les plats disparaissent, les brocs se vident;en un clin-d’œil les convives ont fait table rase, comme nos cuirassiers a la redoutedelà Moskowa. Il ne reste plus que les verres; l’aîné des jeunes Flotlard recommence