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LK CHAMPENOIS.
nous, gens de la Champagne , non-seulement une bêtise, un idiotisme déplorables,
mais encore un je ne sais quoi de mou, de lâche.car, rcmarquez-le bien, on ne
dit pas : Quatre-vingt-dix-neuf loups et un Champenois , mais bien Quatre-vingt-dix-neuf moutons. Dès lors nous sommes une nation de peureux, de femmelettes.Deux mille soldais napolitains — laissez-moi vous apprendre en passant que lesNapolitains sont les plus mauvais soldats de l’Europe — mettraient en poudre laChampagne . Il n’y a dans notre sang aucun de ces principes bitumineux, sulfu-reux, diaboliques, qui font les héros ou les grands criminels. La seule chose quipétille, fermente, éclate chez nous, c’est notre vin blanc. Nous sommes llasques etbêtes. Eh bien, Danton, mon jeune camarade, était Champenois! La Champagne !Vive Dieu! La Champagne! belle, forte, patriotique province! celle de France surlaquelle les grands événements de la république et de l’empire ont laissé les plusvigoureuses traces! la Champagne qui bouillonne, palpite encore des choses inouïesqu’elle a vues, supportées; choses qui ne sont pour les trois quarts de la France quedes tableaux saisis à la lorgnette et de bien loin, que des récits intéressants, que del’histoire! »
Tabellion le Sage s’interrompit pendant quelques minutes. La pipe rivée auxdents, les yeux levés au ciel, il pensait a son pays, et sa rude physionomie de vieuxsoldat était tout illuminée de bonheur et d’orgueil.
« Mon enfant, reprit-il, vous apprendrez bientôt à connaître le Champenois parnotre régiment, qui est une petite Champagne . Mais il y a plus : votre instructiontouchant nos mœurs, nos habitudes, nos passions, notre physionomie de peuple enlin,va trouver un moyen infaillible de se perfectionner. En vertu des traités passés avecles armées étrangères, la légion de l’Aube va relever les Prussiens qui occupent laville de Mézières, Mézières , mon cher ami, chef-lieu d’un département dont leterritoire était jadis la haute Champagne ; car les Ardennais ont beau dire, ils sontChampenois. Pour vous rendre h celte destination, vous traverserez les anciens bailliages de Meaux, de Château-Thierry et de Reims , qui sont encore de vieux Champe-nois. L'a, vous pourrez voir quel espoir anime le peuple, et, enlin, dans la ville fortede Mézières, dans celte lière et rude citadelle que des canonniers bourgeois défen-dirent, en 1815, contre une armée de Prussiens, de Ilessois et de Wurtembergeois,en leur tuant cinq mille hommes, et en n’ouvrant leurs portes qu’aux plus honorablesconditions, vous finirez par savoir ce que c’est qu’un Champenois. Vos courses àTroyes , où nous avons le dépôt du corps, et dans les autres villes de l’ancienne pro-vince de Champagne, où vous irez à votre tour chercher des détachements de recrues,feront le reste.
— Oui, monsieur Tabellion, répondis-je respectueusement.
— Tout a changé de face en France , mon cher camarade. Le Champenois d’autre-fois était, comme le reste des habitants du royaume, le vassal d’une foule de grandsseigneurs en habits brodés, avec le thorax orne du fameux ruban bleu. Oh! il fut untemps où l’on pouvait dire, en tronquant le proverbe qui vous a valu un coup d’épée :« Quatre-vingt-dix-neuf moutons et un Français font cent bêtes. » Alors, mon jeuneami, le Champenois avait pour gouverneur suprême monsieur le duc de Bourbon ;