LE LANGUEDOCIEN.
D I
aux pieds; et loin do le plaindre, les spectateurs le huent, l’injurient, l’escortent Idesséet sanglant hors de l’enceinte par des chansons ironiques 1 :
L'a baclioucha, l’a hachoncha !S’avié resta à souii oustaon,
Ea bana du biaouY ourié pas fa maoii.
C'a hachoncha. l'a baclioucha ISé y éro pas esta,
L'ourié pas louca -.
Quand la rage du taureau devient dangereuse, on le tombe. Quatre ou cinq gar-diens se jettent sur lui, le saisissent les uns par les cornes, les autres par la queue,et l’abattent, puis on introduit le doumplniré, dont la présence suffit pour empêcherde la part du vaincu toute démonstration hostile. Le gardien Havel, l’honneur de sacorporation, tombe seul le plus formidable taureau.
Les accidents seraient rares dans les courses, si l’on n’y admettait que des uma-teurs exercés, mais trop souvent les spectateurs sont saisis du désir irrésistible dedevenir acteurs, s’élancent du haut des charrettes dans le cirque, attaquent le binon,et expient cruellement leur imprudence.
A Saint-Gilles, en -1859, un pauvre musicien, triste imitateur d’Orphée , encou-ragé par l’allure pacifique d’un taureau, sauta dans l’enceinte, et marcha vers rani-mai en gambadant et en jouant du violon ; le malheureux fut éventré.
Ces jeux, quoique circonscrits au bas Languedoc , doivent être considérés commedes traits du caractère général, car il s’y développe dans toute sa fougue. La mêmeremarque s’applique aux haines de religion, heureusement amorties dans la Haute-Garonne , vivaces encore près des confins de la Provence. Le catholicisme règne àToulouse en vainqueur; il y a ses coudées franches, il y étale, dans de fastueusesprocessions, l’or, l’argent, les reliquaires précieux, les bannières richement brodées;il s’y épanouit sans obstacle ; mais à Nîmes et à Montpellier , où sa suprématie eslcontestée, où les protestants occupent les principales fonctions civiles, et forment lenoyau de la garde nationale, comme représentants de l’opinion constitutionnelle, lesdeux communions nourrissent une inimitié que trois cents ans de guerre n’ont pasassouvie.
S’il était permis, non pour excuser, mais pour expliquer cet acharuemenl, d’em-ployer une comparaison mondaine, nous dirions qu’il en est de la religion commed’une épouse. Le mari d’une jolie femme qu’aucun galant ne convoite l’aime pai-siblement, sans transports, à petit bruit; mais qu’on cherche "a la lui ravir, il s’in-
' Pour la iniisi(|ii(f, voyez i\ i, p. |23.
2 II l’a ballotté, il l’a ballotté; s'il était resté à la maison, la corne fin bœuf ne lui aurait pas lait fie mal.S'il n'v était pas allé, on ne l'aurait pas louché.