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Province. Tome second.
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LE PROVENÇAL.

davantage au milieu de la décadente générale. Les uns sont féodaux et galantscomme au temps des cours d’amour; les autres sont révolutionnaires comme onl’était à l’élection de Mirabeau; placés au centre d’une population catholique et fer-vente dans sa foi, plusieurs ont adopté les dogmes néo-chrétiens et croient à la ré-surrection de M. Gustave Drouineau ; beaucoup sont paresseux, éclectiques et artistescomme le roi Itené; ceux-l'a fument, jouent au billard, boivent de la bière, et sontreçus avocats à trente-cinq ans. Outre ces diverses fractions, oncompte toujours parmiles étudiants deux fouriéristes qui veulent établir un phalanstère à la Sainte-Baume ,un saint-simouien, et trois lîls de receveurs qui sont de l’école gouvernementale.

La Corse et les colonies envoient chaque année une vingtaine d’étudiants à Aix .Les Corses sont tous descendants de Paoli, ou cousins de Napoléon ; ilssont sans cesseen vendetta avec les lnstitutes, et menacent le Code civil d’un coup de poignard. LesCréoles sont plus inoffensifs : ils passent leur journée couchés dans des hamacs, et nesortent que le soir, en veste blanche, en chapeau de paille, en pantalon rayé, commedans Paul et Virginie.

Ces nuances, ces nationalités, ces opinions ne sont jamais confondues; les étu-diants aristocrates ne vivent qu’entre eux; ils s’occupent de recherches sur les an-ciens troubadours, ils se piquent d’une certaine érudition héraldique, lisent laGaule poétique, et se cotisent pour donner un bal masqué dans lequel on n’estadmis qu’en costume historique. Les néo-chrétiens sont toujours solitaires comme ladouleur; ils aiment, après de longues promenades, à se reposer au pied de la croixdu grand chemin ; ils fuient l'estaminet, élèvent un chien caniche, et ne se couchentjamais sans avoir chanté un hymne en l’honneur de l’Eternel. Les Corses passentleur vie à ne pas trouver des témoins pour se battre. Quant aux fouriéristes, ils tra-vaillent à convertir les éclectiques qui meurent dans l’impénitence finale du petitverre et de la demi-tasse. A l’école d’Aix , comme partout, les éclectiques dominent;renforcé par trois ou quatre de ces étudiants faisandés qui, après avoir joui de Fli-eoteaux, épuisé la Chaumière, et abusé de toutes les joies de ce monde, vont acheverleur droit en province, où la prudence d’un oncle les exile, l’éclectisme absorbel’université entière. Les éclectiques font battre les Corses, mangent les ananas queles mères de la Pointe-à-Pître envoient à leurs fils éloignés ; ils parodient les versdes néo-chrétiens, et se rendent au bal des aristocrates, déguisés en Robert-Macaire,sous prétexte que ce costume est aussi historique que celui de Jean-sans-Terre , oude Juvénal des Ursiris. L’éclectisme fait du bruit; il boit, il joue pour tout le monde.C’est de son sein qu’est sorti ce type si extraordinaire, si fantastique, qu’on appelle lecadet d’Aix.

Le cadet d’Aix est une création qui semble appartenir au moyen âge : c’est uneespèce de juste-milieu entre le pape des Fous et le roi de la basoche; son origine seperd dans la nuit des temps. Aix avait déjà des cadets à l’époque où les troubadoursprofessaient le droit avec accompagnement de mandoline. Jehan de Molendino, l’étu-diant de Notre-Dame , était un cadet d’Aix perdu à l’université de Paris . Les indi-vidus qui ont été revêtus de ce titre formeraient une dynastie plus longue que celledes rois de France , seulement ils mériteraient tous l’épithète de fainéants.