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Province. Tome second.
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LE PROVENÇAL. 77

Le cadet d’Aix est un étudiant qui a mangé sa fortune en faisant son droit. Atr ente ans il n’a pris encore que deux inscriptions. Son père l’a chassé parce qu’ila volé ses moutons, et qu’un jour, lui ayant emprunté sa jument sous prétexte( Lune promenade, il est allé la vendre au marché. Ses seules ressources consistent enquelques louis qu’il arrache de temps en temps h la tendresse d’une vieille tante, et( iu’il s’empresse d’aller manger a Marseille . Le reste du temps le cadet vit des lihé-r ulilés de ses amis ; il est le roi et le doyen de l’université, il est à la tête de toutesies farces : c’est lui qui enlève les bâtons des chaises à porteur dont se sert encoreAristocratie aixoise; c’est lui qui fait du bruit auxcoursdes professeurs mal notés,'U qui arrange tous les duels a l’amiable. A force de courir les cafés, de faire duta page dans les rues, de se montrer dans toutes les guinguettes, il finit par êtrec °unu de toute la population, qui lui décerne le prix de cadet d’Aix pour témoigner,Je son éternelle jeunesse. Si les étudiants pouvaient avoir une maîtresse, il resteraitàfudiant toute sa vie; malheureusement à Aix , il n’y a point de grisettes, ni rienqui puisse les remplacer. A trente-cinq ans le cadet d’Aix songe à faire une fin, ilc °nsenl a épouser la première belle limonadière venue, pourvu que son fonds soit'''en achalandé. Il a été roi, il meurt garçon de café.

Le barreau d’Aix est un des moins remarquables de France ; les jeunes talents"'lignent de s’y fixer, parce qu’on sent que tôt ou tard la cour royale sera transféréea Marseille . La population, toujours à la veille de perdre ses moyens d’existence,^'noinue chaque année; la noblesse habile la campagne. Avant dix ans, l’ancienneCa pitale de la Provence ne sera plus qu’un nom historique. La tranquillité qui règne<lans ses rues est le silence de la mort, et non le calme d’une retraite studieuse. On"ssaye bien de galvaniser ce cadavre au moyen de l’industrie ; on parle d’un canal a(; 'euser qui rendrait Aix manufacturière, et d’un chemin de fer qui la relierait aMârseille : tout cela ne rendra pas la vie à la cité défunte. Toute l’activité deAris n’a pu réussir à ranimer Versailles, et Aix c’est le Versailles de la Provence .

passé littéraire glorieux comme celui d’Aix ne saurait s’abdiquer complètement.Aussi la capitale de René tient-elle encore un rang assez distingué dans la littéra-’ Ur e moderne; mais comme toutes les villes en décadence, elle est représentée aucongrès poétique de Paris par des femmes. Madame Charles Reybaud, l’auteur delf »U j e romans a la mode, est née à Aix, ainsi que madame Louise Colet , la plus''cadémique de nos muses.

La vraie capitale du Midi est aujourd’hui Marseille . Une heure avant d’arriver,la ns cette ville, se trouve une colline appelée la Vista, c’esl-'a-dire la vue. Les °niniet dont nous parlons mérite en effet ce nom, car le paysage que l’on aperçoitc * e s hauteurs de la Visla est unique au monde : des bouquets d’oliviers et de pins' e Pandent leur mélancolique verdure sur la campagne; des cigales collées auxPampres des vignes font entendre leur chanson monotone; la mer reluit des mille' eux du soleil ; l’Italie se dresse derrière ces montagnes boisées qui masquent l’ho-" z °" ; l’Espagne chante au bout de cette chaîne de rochers, dont le dernier forme' e c ap Couronne, en plongeant dans la mer ; les nuages que vous apercevez au-dessusfie votre tête, et qui semblent courir dans le ciel après les baisers du soleil, ont