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LK PROVENÇAL.
est dans ses bras. Tous dévorent quelque chose, les uns ont les ligues et les raisins,l’autre a la mamelle; des couples solitaires se glissent mystérieusement le long desmurs du chemin, ce sont des calignniri qui se parlent d’amour ; le bruit des gui-tares espagnoles et des mandolines napolitaines rase les flots, porté sur les ailes de labrise. On se croirait transporté au sein d’une de ces villes italiennes dont l’existenceest une fête perpétuelle. Demain toute cette joie fera place à une activité presque fé-brile; ces élégants bourgeois qui se promenaient aux allées se métamorphoseront encourtiers. Le portefaix quittera son habit bleu, et courbera sa tête sous le fardeaud’une balle de coton, sa compagne vendra du poisson à la halle; cette mère que nousavons vue hier entourée de sa progéniture, criera par la ville des oranges ou despoires cuites au four, suivant la saison, et ses enfants iront grossir la bande innom-brable des gnecous et des mandri de Rive-Neuve. C’est le quartier commercial parexcellence. C’est la qu’on débarque les marchandises, qu’on construit ou qu’on ré-pare les vaisseaux, qu’on se livre à toutes les opérations de la douane. Les char-rettes circulent, les portefaix s’avancent inondés de sueur, les courtiers courent d’uneballe a l’autre, les douaniers pèsent, les jaugeurs mesurent, les acheteurs examinentla marchandise. Au milieu de cette foule compacte, on voit se dresser la haute Ba-naste des Génoises, colonie de porlefaix femelles qui transportent sur leurs belleslôtes italiennes des fardeauxil faire reculer un fort de laHalle. Pendant que les unestravaillent, les autres se re-posent sur le quai assises surla vastecorbeillequileursertàtransporter les marchandises.
L’odeur du goudron se mêleaux parfums du bois de Cam-pêche, accumulé en énormestas sur les quais ; les ballesde cannelle, de poivre, de gi-rofle, répandent leurs arômesa l’entour; les drogues detous les archipels, de toutesles îles, de toutes les con-trées, étalées en plein air,font souffler un moment, surla terre de Provence , les bri-ses de Calcutta, de Madagas-car, de Ceylan, de Sumatra .
C’est un salmigondis d’odeursà faire douter de la géographie. Dans ce quartier affluent tous les prolétaires de la ville,depuis l’enfant qui vole, jusqu’à la femme du peuple qui s’en va, pauvre glaneuse indus-trielle, ramasser les copeaux sous le flanc des navires en construction. Le qiitrou elle
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