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Province. Tome second.
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LE BASQUE.

clies, les chaînes d’or, les costumes du pays, sont mis a contribution pour donner duluxe et de la pompe a ce spectacle d’un autre siècle. On a vu naguère, dans l’unede ces pièces, Alaric, l’indomptable chef des Gotlis, habillé en capitaine de la gardenalionale, le chapeau surchargé d’un obélisque de fleurs; trois martyrs du roi Ilé-rode, portant un habit noir a la française, avec jabot, manchettes, boucles et crêpenoir au bras; enfin le bourreau qui devait les occire, affectant toute la gravitéd’un bourguemeslre hollandais, et affublé d’une robe a manches rouges et afond miparti de violet et de rouge. A la mise en scène et aux représentations deces mystères préside une manière de régisseur nommé le récje,nt. Le plus illustre,en ce moment, est un savetier de Tardels, appelé Saffores. Sans lui, aucune pas-torale ne saurait être honorablement rendue dans le pays basque. Comme régent,il communique les traditions dramatiques dont il est dépositaire, enseigne la dé-clamation convenue, copie les rôles qu’il arrange, et crée au besoin; puis, lorsquel’instant de la représentation est arrivé, vous le voyez s’effacer pour aller occuperle modeste et pénible oflice de souffleur. Mais, chose plus extraordinaire, c’est quedes jeunes filles se travestissent en hommes pour jouer les mêmes pastorales ; ellesdépouillent résolument la timidité de leur sexe, et singent d’un sérieux fort comiqueles airs terribles et démésurément vainqueurs dont les sous-officiers des garnisonsvoisines leur ont donné les premières leçons.

Les savants <lu pays basque sont presque tous ecclésiastiques et curés de leursvillages. La plupart ont <omposé des dissertations sur l'histoire des Ibères et desCanlabres, dont les Basques actuels paraissent issus en ligne fort directe. L’un d’euxprofesse actuellement un cours sur les mystères de l’alphabet, dont les principes sontfort originaux. Qu’on me permette d’y initier le lecteur. « Lorsque Adam, me disait« ce curé, contempla pour la première fois sa compagne chérie, à peine sortie des« mains de son créateur; à la vue d’un si brillant chef-d’œuvre, quelle dut être sa« première expression ? — Il s’écria sans doute, lui répondis-je : Que tu es belle !

« Pas du tout, reprit le digne pasteur ; il éleva ses mains vers le ciel et s’écria : A!« Ce fut la première lettre prononcée. Pour ne pas en perdre le souvenir, il traça« sur le sable deux lignes obliques dont la conjonction vers le haut formait un angle« aigu; et, afin de compléter l’emblème d’une indissoluble union, il fortifia le point« central de ces deux lignes par une petite barre horizontale ; et ce fut aussi la« première lettre écrite.

« Voyons la seconde. Lorsque Adam eut perdu par sa désobéissance le glorieux« privilège dont il avait été doué lors de la création, il était inconsolable; mais« Dieu , voulant ranimer son espoir, lui fit connaître, a l’aide d’une ligne perpendi-« culaire accompagnée de deux demi-cercles, que son créateur s’abaisserait du haut« des deux, et viendrait s’enfermer dans le sein d’une créature issue de sa propre« race. Pour perpétuer ce gage précieux de bienveillance, Adam traça sur le sable(i la lettre B. »

.le ne pousserai pas plus loin la théorie descriptive du bon curé basque, chaquelettre vaut un chapitre de l’Ancien Testament, et je laisse à l’imagination du leclcu 1 'le soin de compléter ce curieux recueil.